Catégorie : Blockchain

  • Non, la banque du futur ne sera pas désincarnée !

    Imaginer la banque de demain, un défi d’aujourd’hui

    Par Sylvain Pignet, Président exécutif de Ditto by Travelex

    A quoi ressemblera la banque du futur ? Tandis que se profilent les premiers éléments de réponse à une question qui tourmente l’univers de la finance depuis plusieurs années, les différents acteurs du secteur sont parvenus à se rassembler autour d’une cause commune : améliorer le service et cela par tous les moyens possibles.

    Identifié à l’aide de son téléphone portable, un client entre dans sa banque et est accueilli par une série de publicités personnalisées projetées sur les murs de l’entrée. Un peu plus tard, après une traversée de couloirs parsemés d’écrans interactifs, il est finalement reçu par sa conseillère qui, durant leur entrevue, lui propose d’échanger sur une problématique bien précise et via écran interposé, avec une autre conseillère à l’autre bout de la France. Nous sommes en 2012, dans une banque futuriste tout droit sortie de l’imagination du cabinet Accenture. A ce moment-là, on nous parle de technologie « hors du commun », de prospectus interactifs, de RFID, de signature électronique ou de logiciel d’assistance personnalisée à la vente. Tout cela en vue d’optimiser la relation avec le client et la vente de ses produits à moindre coût. Pourtant, cinq ans plus tard, cette agence n’a pas encore vu le jour et la direction prise est toute autre : désormais plus question de « gadgétisation » de l’agence, mais de stratégies « customer centric ». Heureusement, « le futur a été créé pour être changé »[1].

    Non, la banque du futur ne sera pas désincarnée !

    Sacrément bousculées par le succès des banques en ligne, puis par l’arrivée des Fintech, les établissements bancaires, trop conservateurs, revoient actuellement leur copie et consacrent leurs analyses de données à la fourniture d’un service adapté, simple et abordable par leurs clients. A l’ère des Digital Management Platform (DMP), d’Airbnb et autre Uber, la démarche parait incontournable voire évidente. Pour preuve, en octobre dernier, lors d’une conférence de presse, Rik Vandenberghe, patron d’ING Belgique, déclarait que l’objectif du groupe néerlandais était de devenir « le Spotify de la banque ». Intéressant, ING s’apprête-t-elle à donner accès aux services d’autres établissements via sa plateforme, comme le fait Spotify entre consommateurs et musiciens ?

    Pour Benoit Mercier, président du directoire de la Caisse d’épargne de Lorraine, il va falloir « offrir le meilleur de l’humain – avec des rendez-vous à forte valeur ajoutée – et du digital – à partir de toutes ces innovations qui rendent la banque plus facile, plus fluide, plus simple – à nos clients ». Encore faut-il que cette aspiration soit réellement articulée autour du client et non pas seulement autour de l’adaptation des besoins du client aux produits que la banque souhaite vendre. Axel Reinaud, directeur associé senior au Boston Consulting Group, est lui aussi affirmatif : « La banque du futur ne sera pas une banque désincarnée, accessible dans le cloud uniquement ». Pour lui, la banque de demain doit être « bionique » et non un « pure player » de la banque en ligne. Elle pourra même, par ce biais, améliorer la rentabilité de ses capitaux propres de 8 à 10 points.

    Un système bancaire divisé en deux

    La banque de demain sera donc articulée autour de deux axes. D’une part, une offre de services financiers spécialisés (paiements, cartes, prêts, assurances, investissements, etc.) par le biais d’une licence spécifique (services de paiements, services d’investissements, émetteur de monnaie électronique, etc.). De plus en plus « commodisés », ces services seront offerts par des spécialistes, soit directement aux consommateurs soit indirectement par le biais d’assembleurs ou d’établissements bancaires classiques. Et, d’autre part, une offre de services bancaires classiques basée sur une philosophie ou une plateforme différente. Dans les faits, cela passera par la mise en place de projets nouveaux et par l’entrée de nouveaux acteurs. Dans l’idée, il faudra réussir à inventer de nouveaux modèles de société d’argent et de transfert. Car, à bien observer, la seule vraie nouveauté réside aujourd’hui dans l’interface client.

    Si nous prenons l’exemple du Mobile Money en Afrique, nous avons là affaire à une idée nouvelle sur des vieilles technologies. Et ce qui est sûr, c’est que le vrai changement sera dans la technologie qui généralisera le paiement instantané, seul domaine privé aujourd’hui d’instantanéité en matière de transmission financière. Aujourd’hui, avec le smartphone, les consommateurs sont habitués à une notion d’immédiateté dans la plupart de leurs échanges, et parfois dans leurs actions. Les utilisateurs de l’application Lydia expérimentent aujourd’hui à petite échelle la possibilité de payer un autre utilisateur de la solution mobile en temps réel avec son smartphone. Un premier pas est déjà fait et sera rapidement emboité par la mise en place de la Directive sur les services de paiement (DSP2), qui prévoit l’introduction de services de paiement instantané. Les banques traditionnelles tentent de créer cette instantanéité sur les plateformes de paiement locales existantes mais, même si elles y arrivent, cela règlera le problème des paiements locaux mais pas celui des paiements internationaux.

    La blockchain pour élaborer La Hanse du futur

    Dans chaque pays, les acteurs des paiements essaient de se mettre d’accord, en s’appuyant sur les consortiums existants, pour mettre en place de nouveaux standards. Mais cela se complique avec les paiements transfrontaliers du fait du recours obligatoire à des messageries obsolètes. In fine, les paiements ne sont jamais que des messages standardisés basés sur la confiance entre l’émetteur et le récipiendaire.  Le système fonctionne remarquablement bien dans le domaine des paiements par carte où une très grande automatisation et l’instauration de normes standards permettent l’instantanéité de la confiance : le commerçant donne ainsi la marchandise au client en ayant l’assurance que son compte sera crédité à la fin de la journée. Dans le contexte d’une transaction par carte, le banquier émetteur connait le porteur de la carte et l’origine des fonds. Il peut ainsi déduire la destination par la nature de la transaction effectuée. Le banquier acquéreur de la transaction connait la destination des fonds (le commerçant), le rational pour la transaction (l’achat des biens de son client commerçant) et se repose sur l’émetteur de la carte quant à l’origine des fonds. Ces paiements internationaux de compte à compte reposent toujours aujourd’hui sur les principes établis par les banquiers nord européens de la Hanse à la fin du Moyen-Âge. La connaissance personnelle du banquier et la reconnaissance de son sceau étaient suffisantes pour qu’un autre banquier avance des fonds à un client du premier.

    Alors, tant que nous n’avons pas la possibilité de prouver que la personne qui reçoit le paiement est la bonne, l’appareil reste encore un véritable mirage technologique. Ne perdons pas de vue que nous sommes dans un rapport de contrôle des fonds destiné à s’assurer notamment que nous ne sommes pas dans une situation de blanchiment, de financement du terrorisme, de fraude, etc. Bref, il faut une identification forte pour valider la notion d’« acceptance ». Aujourd’hui c’est la responsabilité du banquier et, assurément, un numéro de téléphone à lui seul ne peut suffire. Il va falloir créer un nouveau standard type « swift ».

    Et, clairement, nous pouvons voir dans la blockchain une réalisation possible de cette perspective. La chaine de blocs est actuellement le seul moyen de renforcer la sécurité tout en garantissant la sécurité de l’information. La récente alliance entre la première banque américaine JP Morgan Chase et Microsoft, accompagné d’une trentaine d’autres acteurs (Santander, ING, Intel, Accenture, le prétrolier BP, etc.) autour du développement de standards d’utilisation de la blockchain Ethereum, est un signal très fort envoyé en ce sens à l’univers bancaire. C’est sans aucun doute là que se fera la prochaine « vraie » révolution bancaire.

     

     

  • BLOCKCHAIN : pourquoi un tel engouement ?

    BLOCKCHAIN : CONCEPTS ET APPLICATIONS

    Bruno Teboul | Senior Vice-Président Science et Innovation Groupe Keyrus
    Frédéric Maserati | Directeur Conseil Keyrus Management
    Maxime Leroux | Consultant Data Scientist

    La Blockchain est née suite à la crise économique de 2008, et la remise en question du système financier. Fondée sur des recherches sur les crypto-monnaies, c’est-à-dire des monnaies chiffrées et opérées par des technologies totalement numériques, la Blockchain porte en elle, selon les plus grandssa gourous des technologies, de nouvelles promesses d’innovation et de disruption des modèles économiques dominants. La Blockchain est en cela une technologie révolutionnaire qui permet le développement et la mise en oeuvre d’un « Internet des transactions ». Mais qu’en est-il exactement ?

    L’idée de Blockchain est apparue avec le Bitcoin, la première crypto-monnaie, plus connue du grand public. Mais en réalité, nous pensons que la Blockchain partage plus de points communs avec le protocole TCP/IP qu’avec une crypto-monnaie. Et pour cause, Internet et son fameux protocole TCP/IP (« autoroutes de l’information ») a permis d’accélérer la révolution numérique, grâce à la diffusion notamment de l’information en mode « pair à pair ».

    La Blockchain est à la transaction ce que TCP/IP est aujourd’hui à l’information, à la communication… La Blockchain va produire les « autoroutes transactionnelles » en mode pair à pair !

    En théorie, la Blockchain est un registre dupliqué et partagé entre tous les noeuds d’un réseau ; chaque noeud pouvant être un utilisateur ou même un ordinateur. Pour simplifier encore notre propos, ce fameux registre notifie et horodate chaque échange entre chaque noeud dans un « bloc ». Dès que le « bloc » est rempli, il est « chainé » à la suite avec les blocs précédents, de sorte que tout y est inscrit… et visible de tous. C’est donc à la fois, un serveur horodaté, sécurisé et une base de données pair à pair sécurisée.

    Et c’est bien là où se situe la disruption des modèles transactionnelles classiques tels que nous les connaissions. En effet, quelle que soit la situation dans laquelle l’entreprise se trouve, et presque à chaque fois, un tiers de confiance assure, garantie qu’une transaction a bien eu lieu, et qu’elle n’est opérée qu’une seule fois (banque, notaire, auditeur,…). La Blockchain permet qu’une transaction, un échange a bien eu lieu entre plusieurs « parties »… en s’affranchissant de la présence du tiers de confiance. La disruption repose ici sur la désintermédiation sécurisée, distribuée, en mode « pair à pair ».

    Pour ce faire, les blocs sont automatiquement empilés de façon chronologique, horodatés, et bien sûr chiffrés, le tout ayant été « validés » par les « mineurs »… des personnes comme vous et nous (au travers de l’un des noeuds du réseau) qui mettent à disposition leur puissance de calcul informatique afin de résoudre le problème mathématique soumis par la « chaine de blocs ». La résolution du problème équivaut ainsi à « valider » la transaction, un peu comme le ferait une chambre de compensation pour les paiements. Et comme les transactions sont visibles de tous, la Blockchain se transforme alors en un formidable outil d’audit, ce qui permet d’asseoir la confiance entre les acteurs.

    C’est d’une certaine façon identique aux grands livres de comptes des établissements bancaires et financiers… mais sans banques, ni établissements financiers. Et la boucle est bouclée. On se retrouve dans un système de confiance… mais sans tiers de confiance… quel paradoxe ! Et quelle révolution !

    POURQUOI UN TEL ENGOUEMENT ?

    Si tout un chacun peut « transacter » en toute confiance directement en pair à pair, sans intermédiaires, sans tiers de confiance, alors on permet la suppression des plates-formes qui prélèvent la richesse (à titre d’exemples : AirBnB, Uber,…). Si bien que des modèles alternatifs à Uber existent déjà, ce sont des plates-formes collaboratives développées sous technologies Blockchain comme ArcadeCity ou Lazooz.org. On parle de phénomène de « Blockchainisation » désormais, après l’Uberisation !

    Pour preuve, l’accélération des investissements, le nombre incroyable de conférences et d’articles. L’engouement est grandissant depuis les effets d’annonce des Gourous d’Internet sur les applications de la Blockchain au monde de la finance, dont les impacts sont chiffrés en milliards de dollars…

    Et même si le principal challenge technique porte sur le nombre de transactions traitées par seconde, ce que la Blockchain Bitcoin apparait être incapable de réaliser, le recours à des Blockchains privées présente un intérêt fort, car elles peuvent permettre des approches distribuées à un coût réellement marginal.

    L’autre raison d’un tel engouement, c’est la scalabilité de cette technologie. En effet, toutes les Blockchains qui utilisent le « Proof of Work » peuvent être vulnérables à des attaques virales informatiques de type « Goldfinger ». Ces attaques consistent à rassembler une puissance de calcul équivalente à un peu plus de 50% de la puissance totale du réseau considéré (ou d’un groupe de serveurs, comme ceux du Pentagone qui font l’objet de centaines d’attaques quotidiennes). Dès lors, l’attaquant est libre de valider/invalider certaines transactions. Le but de ces attaques étant d’ébranler la confiance des utilisateurs dans la technologie, ici la Blockchain. Mais aujourd’hui, le Bitcoin est le plus puissant réseau du monde avec près de 1200 Peta Hash par seconde, ce qui signifie que l’attaque à 51% n’est pas impossible, mais serait terriblement couteuse. Il faudrait en effet près de 5 milliards USD pour 10 minutes d’intrusion, selon certains experts.

    Par ailleurs, le Bitcoin étant un projet mondial open source, un simple patch suivi d’un redémarrage des noeuds du réseau suffirait à résoudre le problème en quelques minutes. De plus, le code source étant auditable par tout le monde sans grande complexité.

    UNE MULTITUDE DE BLOCKCHAINS

    Devant le caractère universel de la Blockchain, on comprend que tous les secteurs seront touchés par l’adoption de cette technologie. Le nombre de processus susceptibles d’être impactés est proprement phénoménal. Les banques ne s’y sont pas trompées. Seules ou collectivement, elles explorent et expérimentent les possibilités de la Blockchain avec un double objectif : tirer parti de ses avantages et intégrer la logique de point à point dans leur modèle, pour mieux résister à l’arrivée de nouveaux acteurs utilisant un modèle nativement distribué et désintermédié, notamment les FinTechs.

    Mais nous vivons bien une explosion cambrienne avec la naissance de centaines de Blockchains propices à l’expérimentation. Aujourd’hui, tout le monde peut créer son propre système, les conditions d’accès et de démarrage étant simples et accessibles financièrement.

    On assiste ainsi à l’apparition de Blockchains privées, dans lesquelles la participation au consensus (le minage) requiert une permission. Ainsi, malgré la disposition centralisée de ces Blockchains privées, certains traits des Blockchains publiques comme le Bitcoin ou Ethereum demeurent : une architecture hautement résistante car la base de données est distribuée, une permanence du système car les données sont immuables, une unicité avec un seul système : un « grand livre de comptes ».

    En résumé, il y a des Blockchains publiques dont le grand livre de compte est ouvert, sécurisées par l’utilisation de preuves de travail (« proof of work ») qui demandent de la puissance de calcul afin d’obtenir le droit en écriture dans un bloc (minage) ou encore la preuve par l’actif (« Proof of Stake » qui demande certains actifs numériques particuliers pour obtenir le même droit en écriture.

    Il existe également des Blockchains privées dont le grand livre de compte est fermé, et dont l’accès est « permissionné » et qui devraient concerner plutôt les entreprises et le monde professionnel, même si on pourrait bien assister à une forme d’hybridation des Blockchains publiques/privées dans les années à venir.

    QUELS SONT LES BÉNÉFICES DE LA BLOCKCHAIN ? ET QUELS SONT LES ENJEUX AUXQUELS LES ENTREPRISES DEVRONT FAIRE FACE ?

    TRAÇABILITÉ ET TRANSPARENCE

    Puisque toute transaction est inscrite de manière permanente, la traçabilité s’en trouve ainsi assurée (rail d’audit). À titre d’exemple, Walmart expérimente la technologie Blockchain en vue d’augmenter la traçabilité de ses produits. La technologie lui permet d’avoir accès de manière immédiate et certifiée aux informations relatives à la production, la distribution et la commercialisation de ses produits en marque propre.

    SÉCURITÉ

    Grâce à l’utilisation de méthodes cryptographiques, la Blockchain assure la sécurité des transactions. De plus, la mise en réseau des informations assure que les transactions ne peuvent être piratées. À titre d’exemple, les crypto-monnaies tirent pleinement bénéfice de cette propriété en incorporant dans le code source l’accès aux transactions passées associées à l’unité de valeur tout en protégeant l’identité des personnes associées à la transaction. Le vol d’identité lors de la réalisation d’une transaction n’est donc théoriquement plus possible.

    RAPIDITÉ D’EXÉCUTION

    Grâce à une infrastructure en réseau, l’enregistrement ainsi que l’accès à l’information se font de manière quasi-instantanée. Pour preuve, le monde de la finance expérimente actuellement l’utilisation de la Blockchain en vue de faciliter l’intermédiation entre les banques, les chambres de compensation et les banques centrales. Elles y voient l’opportunité d’augmenter l’efficacité des opérations : rapidité d’exécution, réduction des ressources et des coûts.

    TECHNICITÉ, ACCÈS ET DÉPENDANCE À LA TECHNOLOGIE

    Le sujet reste encore très technique et difficilement accessible pour le plus grand nombre. Pour autant, à force d’évangélisation, d’acculturation, de nombreux acteurs (comme Keyrus) contribuent chaque jour aux développements de nouvelles plateformes, et in fine de nouveaux usages. Les plus grandes ESN (Entreprises de Services Numériques) comme IBM intègre nativement des API pour favoriser l’intégration et la diffusion de la technologie Blockchain.

    PIRATAGE ET INTÉGRITÉ DU RÉSEAU

    Bien que théoriquement impossible à pirater, certaines applications, dans les couches hautes, connectées à des infrastructures Blockchain, ont permis récemment à des pirates de dérober d’importantes quantités de crypto-monnaies, aboutissant à une mise en cause de l’intégrité des infrastructures Blockchain. En réalité, même si la Blockchain dans le cas présent (une faille de sécurité dans une application métier opérant sur la Blockchain publique Ethereum) n’est pas à remettre en cause, force est de constater dans toute technologie naissante, les phases d’apprentissage sont le plus souvent émaillées d’une multitude d’écueils.

    QUELLES APPLICATIONS CONCRÈTES ? QUELS CAS D’USAGES DE LA BLOCKCHAIN?

    En revenant à la genèse de la Blockchain, on comprend mieux pourquoi, philosophiquement, cette technologie (ce protocole d’échange) est en phase de « disrupter » de nombreux secteurs.

    C’est donc sur un postulat assez simple que repose encore aujourd’hui le principe architectural de la Blockchain : assurer des échanges, des transactions entre 2 individus, 2 entités, en s’affranchissant de tous les intermédiaires, tiers de confiance, qui « trahissent » la confiance en abusant de leur position dominante dans leur écosystème.

    Depuis, les applications de la Blockchain se sont multipliées, s’étendant bien au-delà du système financier, allant de l’économie de partage à la gestion de la chaîne logistique en passant par les smart contracts (ces fameux algorithmes auto-exécutables et autonomes) et le vote numérique. Les domaines d’application transcendent donc les secteurs économiques, et la Blockchain est déjà prête à transformer toutes les industries actuelles. Cette technologie va transformer l’organisation du transport, de la chaine d’approvisionnement (Supply Chain), de la publicité, du secteur de la production et de la distribution d’énergie, du marché immobilier, de l’assurance… Elle va transformer l’avenir en nous faisant passer de l’Internet des objets aux objets autonomes. Elle va permettre d’unir le monde numérique et le monde physique… enfin !

    Les Contrats Intelligents (« Smart Contracts ») promettent aux objets à la fois l’immutabilité, la preuve de leur corruption le cas échéant, la résistance à la collusion. La Blockchain va permettre de donner aux objets une identité et une pleine autonomie. Les objets finiront même par « s’appartenir » eux-mêmes, en exécutant seuls du code, dans un futur proche et de manière autonome.

    Prenons l’exemple de la voiture autonome : son avenir n’est pas tant le fait qu’elle se déplace seule… le point ultime du modèle de voiture autonome, c’est qu’elle se loue elle-même, en toute autonomie, et où les utilisateurs ne paieront que l’usage, directement à la voiture elle-même, sans passer par un quelconque tiers de confiance. Sans doute les prochaines évolutions des modèles d’Uber et de Lyft.

    QUELLES SONT LES APPLICATIONS CONCRÈTES DE LA BLOCKCHAIN AUJOURD’HUI ?

    Secteur financier & actifs digitaux

    Au-delà du Bitcoin, les applications potentielles sont nombreuses dans le secteur financier. Le NASDAQ a dévoilé Linq en 2015 : la toute première plate-forme d’émission d’actions privées entièrement gérée par la Blockchain. À travers ce nouveau système, les investisseurs privés peuvent transiger les actions de compagnies privées. Ainsi nul besoin de certificats d’émission d’actions ou de détention de parts des entreprises : tout est digitalisé et immortalisé dans la Blockchain. On parle alors d’actifs digitaux. Openchain et Chain en sont d’autres exemples. Le premier digitalise tout actif alors que le deuxième se concentre dans la révolution du système financier.

    Identité digitale & sécurité

    oneName est une startup américaine utilisant la Blockchain pour générer une identité digitale qui pourra être utilisée uniquement par l’usager afin de se connecter aux différents services Web. Plus besoin de mémoriser d’innombrables noms d’utilisateur et mots de passe : une seule identité digitale est nécessaire.

    L’Estonie, précurseur dans le domaine, a depuis quelques années établit un projet d’identité digitale permettant à ses citoyens d’agréger leurs informations personnelles de manière sécuritaire : identité digitale aux fins de vote, références médicales, permis de conduire, etc. Un projet plus récent en partenariat avec la bourse de Tallinn permettra aux détenteurs d’actions de voter aux assemblées des actionnaires – évidemment sans se déplacer.

    La start-up FollowMyVote pour sa part, mise sur la digitalisation du système électoral. Observant les multiples déboires de plusieurs pays en terme de fraude électorale, la startup propose l’application de la Blockchain afin d’assurer l’audit et la traçabilité du processus de votation.

    Santé & pharma

    Le secteur de la santé regorge également d’applications potentielles. Dans le domaine des industries pharmaceutiques par exemple, la légitimité, l’authenticité et la traçabilité des résultats cliniques sont primordiales. BlockRX utilise la technologie de la Blockchain afin d’assurer la traçabilité de la chaîne d’approvisionnement. Autre cas d’utilisation dans le domaine de la santé : les dossiers médicaux. En digitalisant ces derniers, l’information du patient est plus aisément transmise d’un professionnel à un autre (avec l’accord du patient bien sûr). Fini les fax et les feuilles de soin du médecin ? L’intérêt dans ce secteur est si important que Phillips a lancé, début 2016, son propre laboratoire de recherche sur la Blockchain.

    Assurance

    Autre domaine de fort intérêt pour la Blockchain : l’assurance. Ici les possibilités sont multiples et nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Par exemple, l’assurance pair à pair (Ex : Dynamis ) met fin à la relation tripartite habituelle entre payeurs, assurés et assureurs. Elle permet à chacun de participer à la fois au pool d’assurés et aux gains d’investissement. Autre exemple, l’assurance paramétrique (Ex : Rainvow) pour sa part permet d’indemniser l’assuré automatiquement lorsqu’un certain événement survient grâce aux Smart Contracts. Ainsi, grâce à l’inter-connectivité des objets (IoT), et à la programmation d’événements, il est possible d’enregistrer des contrats d’assurances automatiques. Un exemple frappant est le potentiel d’assurance sur la production agricole contre les intempéries. Grâce à des capteurs (de pluie ou de température par exemple), le paiement de la prestation (au producteur assuré) pourra être déclenché automatiquement par exemple, après 2 mois de sécheresse (exemple fictif).

    Programmes de fidélité

    Les programmes de fidélité subiront eux aussi de grands chamboulements avec l’arrivée de la Blockchain. La technologie permet déjà aujourd’hui d’inscrire au fur et à mesure au registre les points gagnés et utilisés par les membres en temps réel. Une fois les partenaires participants enregistrés et connectés, toutes les transactions (achats et rédemption de points) peuvent se faire en temps réel. Plus besoin alors d’attendre son relevé de fin du mois ou encore d’atteindre un seuil minimal avant deracheter (redeem) vos points sur une sélection réduite de produits ; l’achat et la rédemption de points peuvent se faire simultanément. C’est d’ailleurs ce que loyyal propose.

    Mais la vrai révolution dans les programmes de fidélité utilisant une crypto-monnaie en close loop, c’est le caractère cessible du Coin versus le point qui est révolutionnaire. On « déverticalise » la relation en « l’horizontalisant ». De fait, on n’adresse plus simplement un programme de fidélité (l’enseigne vers la carte de fidélité, elle-même vers le client), mais on échange avec une communauté de clients, on favorise les échanges à l’intérieur même de cette communauté. C’est un changement profond et complet de paradigme.

    Smart Contracts

    Les Smarts Contracts vont bien au-delà du secteur de l’assurance. Toute entente entre deux parties a le potentiel d’être digitalisée et automatisée. Ces contrats dit auto-exécutables donnent aux différentes parties l’assurance qu’une fois les conditions remplies, le contrat sera honoré avec aucune possibilité de fraude, de mauvaise foi ou d’interférence avec une tierce partie. C’est d’ailleurs le pari du projet Ethereum.

    Processus et échange d’information

    Au final, tout échange entre différentes parties peut être géré par la technologie de la Blockchain. Qu’il s’agisse d’argent digital, de preuve d’identité, de paiement d’assurance ou de transfert à un fournisseur ou un client, la logique reste la même : le processus nécessite l’échange et l’historisation des transactions et ce doit d’être auditable, traçable, efficient et transparent.

    Au regard de l’incroyable potentiel disruptif de cette technologie et de ses applications, une chose apparait presque comme une évidence : face à de telles potentialités, il devient important de mesurer toutes les conséquences de la Blockchain et de ses applications sur ses modèles d’affaires, de revenus, de croissance…

    Le Groupe Keyrus, a construit son propre écosystème Blockchain et a ainsi développé une offre innovante qui se déploie depuis l’accompagnement stratégique jusqu’à l’intégration de projets Blockchain au sens technique. Keyrus accompagne depuis près de deux ans déjà ses clients dans cette démarche : de l’acculturation à l’identification de cas d’utilisation (« use cases »), jusqu’aux développements et à l’intégration de projets reposant sur les technologies Blockchain.

    Keyrus se charge par ailleurs de l’interconnexion avec les Systèmes d’Information existants des entreprises.

    Plus d’information sur l’offre Blockchain de Keyrus : Blockchain@keyrus.com

     

  • Quand le digital et la blockchain oeuvrent pour les réfugiés

    Grand Prix 2017 Netexplo à Amin Rafiee, fondateur de
    Bitnation Refugee Emergency Response

    Le Grand Prix 2017, élu parmi les 10 lauréats par les experts internationaux de Netexplo Observatory et le public rassemblé à l’Unesco pour  la 10ème  édition du Forum, a été remis à Amin Rafiee, fondateur de  Bitnation Refugee Emergency Response, une initiative humanitaire développée par BitNation pour offrir aux réfugiés une citoyenneté dématérialisée et une identité officielle grâce à la Blockchain. Les réfugiés peuvent ainsi obtenir une identité officielle en forme de code QR, validée par les membres de leur famille pour créer un « Web of trust ». Ils peuvent également obtenir une carte de paiement en Bitcoin qui ne nécessite pas de compte bancaire.

    Chaque année,  Netexplo distingue 10 lauréats parmi les innovations numériques  les plus prometteuses. Bitnation Refugee Emergency Response a été élu parmi les 2000 projets repérés par les experts et enseignants du réseau académique international de Netexplo Observatory.

    « Cette année encore, les deux jours de Forum ont été l’occasion de partager une année d’observation de l’innovation mondiale, et de découvrir sur scène les 10 initiatives digitales les plus prometteuses de l’année, et les tendances du monde numérique de demain. Nous sommes ravis que le choix du public et des experts internationaux se soit porté sur Bitnation Refugee Emergency Response, un projet qui s’inscrit dans la solidarité avec les réfugiés du monde entier en associant un des sujets les plus prometteurs du digital : la Blockchain. » Thierry Happe, co-fondateur de Netexplo Observatory.

    Bitnation RER s’inscrit dans Human Focus, l’une des trois tendances de l’innovation mondiale décryptées par Netexplo Observatory dans son Trend Report 2017, intitulé « Artificial Alternatives » : Human Focus, ou comment le digital accompagne, protège, surveille, redresse et développe les capacités des individus. La technologie n’est plus un outil, mais une partie prenante de notre expérience, de notre environnement, de notre identité et de nous-mêmes.

  • La Blockchain : machine à preuve

    La Blockchain côté juridique 

    Par William O’Rorke & Gérard HAAS

    1/ La confiance sans intermédiaire

    Jusqu’à aujourd’hui, un réseau décentralisé ne pouvait être sécurisé : une donnée pouvait être facilement copiée ou falsifiée. A l’inverse, les réseaux sécurisés, comme celui de votre banque, devait être centralisés. La Blockchain allie décentralisation et authentification des données.

    Définie comme un protocole sécurisé d’échange d’information de pairs à pairs sur un réseau inviolable et distribuée, la blockchain est un registre sur lequel sont inscrites chronologiquement les transactions de manière immuable. L’inscription d’un échange sur le registre n’est possible qu’après une validation des mineurs par consensus. En pratique, une modification du registre n’est possible qu’en contrôlant plus de 51% des mineurs : le réseau est donc inviolable.

    2/ Une technologie de chiffrement probante

    Le fonctionnement de la Blockchain est aussi simple qu’il mobilise des technologies complexes. Les outils cryptographiques sur lequel elle repose sont les mêmes que ceux de la signature électronique (Notamment la fonction de hash SHA-2 et l’algorithme de chiffrement asymétrique RSA). Or la preuve électronique s’appuie précisément sur cette technologie.

    Puisque la signature, la preuve et la Blockchain utilisent le même algorithme de chiffrement et les mêmes outils, pourquoi ne pas utiliser celle-ci dernière comme « une machine à prouver » ?

    Les avantages sont de plusieurs ordres :

    –  Le code de la Blockchain est totalement open source, c’est à dire librement accessible et sûr;

    –  L’inscription d’une information sur la Blockchain ne coûte que quelques centimes (En février 2017, l’inscription d’un bit coûte 0,0000001300 bitcoins, soit 0,0012 $);

    –  La Blockchain est disponible partout et en permanence ;

    –  La Blockchain est sécurisée vis à vis des hackeurs mais aussi des autorités publiques.

    3/ Le fonctionnement de la preuve électronique

    La preuve sert à établir, pour la personne qui s’en prévaut, la réalité d’un fait allégué. L’article 1366 du code civil dispose que « l’écrit électronique a la même force probante que l’écrit sur support papier, sous réserve que puisse être dûment identifiée la personne dont il émane et qu’il soit établi et conservé dans des conditions de nature à en garantir l’intégrité ».

    L’intégrité d’un acte numérique peut être garantie par une empreinte électronique permettant de vérifier facilement son intégrité. Contrairement au papier, le numérique se caractérise par sa réplicabilité. L’empreinte permet de s’assurer facilement que pas un bit du document n’a été modifié (L’empreinte de ce document en SHA-1 est : 821C2D2523B6EBE90F8A7BA001FF7289682019B1. Le changement d’un signe génère une empreinte totalement différente : 2A37E45D00F0771A415CD53EA8B5B395AF57F319 ( !)).

    4/ Le lien entre le document et la signature : le chiffrement

    La signature, quant à elle, est indispensable à la perfection de l’acte en identifiant son auteur. L’article 1367 du code civil définit la signature électronique en « un procédé fiable d’identification garantissant son lien avec l’acte ».

    Techniquement, la signature électronique consiste à envoyer un document et son empreinte chiffrée au destinataire. La comparaison de l’empreinte et du document assure l’intégrité de ce dernier quand le chiffrement identifie le signataire. Mais comment s’assurer de l’identité réelle du signataire ?

    5/ Le lien entre la signature et l’identité : la certification

    La dématérialisation du processus est limitée par le lien entre les clefs de chiffrement et l’identité des personnes. Pour cela, l’Ordonnance du 8 novembre 2005 a prévu des organismes de certification agréés par l’ANSSI qui vérifient l’identité des personnes avant de leur délivrer un certificat, ces derniers permettant au destinataire de vérifier l’identité du signataire.

    6/ Le problème de la certification pour la Blockchain

    La Blockchain ne permet pas d’apporter de lien juridique entre l’identité du signataire et sa signature : n’importe qui peut, par exemple, créer une adresse Bitcoin (Une adresse Bitcoin correspond à une clef de chiffrement publique : ​18s32jT9Ws7JkX6RkqLgmn3b8SnnbnHw1j )  sans révéler son identité.

    Par contre, elle pourrait servir de registre de preuve d’antériorité de document. En effet, l’empreinte déposée sur la Blockchain permet :

    –      De vérifier l’intégrité du document ;

    –      D’horodater le document ;

    –      De créer un lien entre le signataire et le document.

    Juridiquement, la Blockchain a été définie par l’Ordonnance du 28 avril 2016 relative aux bons de caisse comme « un dispositif d’enregistrement [de l’émission des bons de caisse] électronique partagé permettant l’authentification de ces opérations ».

    Cette définition reprend les idées d’enregistrement des échanges, de registre partagé et d’authentification. Le groupe de travail chargé de mettre en œuvre cette Blockchain s’est réuni mais, à ce jour, aucun décret d’application n’a été adopté.

    7/ Les limites de la Blockchain en matière de preuve

    En revanche, la preuve d’antériorité sur la Blockchain connaît trois obstacles :

    1 : Le premier concerne la qualification juridique du réseau. La Blockchain n’est, pour l’instant, qu’un « dispositif d’enregistrement partagé ». Quelle valeur un juge accorde-t-il à l’authentification par un réseau distribué ? Et surtout, quelle valeur accorde-t-il à une preuve fournie par une technologie non agréée par l’ANSSI ?

    Une réponse sera peut-être apportée par les décrets d’application relatifs aux mini-bons en fonction de la Blockchain retenue (Bitcoin par exemple).

    2 : Ensuite, l’inscription sur une Blockchain nécessite de posséder de la crypto-monnaie. En effet, la Blockchain n’enregistre que des transactions payantes.

    3 : Enfin, la Blockchain ne pardonne aucune perte ni oubli de clef. Dans ce cas, le lien entre le signataire et la preuve sont impossibles à rapporter.

    En attendant une éventuelle démocratisation de la preuve sur la Blockchain, LegalFab vous propose un système de preuve d’antériorité en ligne avec le Cabinet Haas. Pour plus d’information, contactez-nous ici.

     

  • Quel futur pour les services de paiement ?

    Le futur des services de paiement se décide aujourd’hui

    Par Olivier Berthelier, CTO de Limonetik

    Le contexte de mondialisation croissante du e-commerce, la multiplication exponentielle des moyens de paiement, le développement des marketplaces et des services de paiement intégrés (full service) remettent en cause le modèle économique dominant de l’industrie du paiement.

    Comme souvent en informatique, lorsqu’une nouvelle tendance apparaît, nous nous demandons si nous ne l’aurions pas déjà vu quelque part. C’est exactement ce qui se produit avec la demande grandissante d’offres intégrées de gestion des paiements, couvrant à la fois les processus transactionnels et de gestion financière. De fait, un ersatz de service intégré, ou full-service, de ce type a déjà existé dans l’histoire de l’industrie du paiement. Et il est presque aussi ancien que cette industrie elle-même : il s’agit de Paypal.

    A l’origine : la séparation des processus transactionnels et de gestion financière

    A son lancement, ce service, facturé à la transaction, comblait un vide laissé sur le marché par la recherche d’optimisation des coûts. Pendant longtemps, et sous l’influence des plus importants marchands, l’industrie s’est organisée selon un principe strict de séparation des processus transactionnels et de gestion financière. Ce découplage avait pour objectif de permettre aux grands e-marchands d’obtenir les meilleurs tarifs pour chacune des deux activités. Mais c’était compter sans les contraintes spécifiques de l’internationalisation.

    Les grands marchands ne peuvent plus compter seulement sur leurs interlocuteurs habituels, PSP et acquéreurs. Pour chaque nouveau pays, ils doivent négocier avec des prestataires techniques et financiers différents. Et ils ont aussi à réconcilier les paiements reçus de divers pays, ainsi que les reversements vers des vendeurs affiliés provenant eux aussi de différents pays. Silencieusement, l’industrie a opéré une véritable bascule. Hier technologique, elle est aujourd’hui technologico-financière.

    Bienvenue dans le monde des Fintech !

    Cette évolution affecte profondément le modèle économique de l’industrie du paiement, basé sur la séparation stricte des processus transactionnels et financiers. Les plus grands e-marchands font pression sur les PSP pour qu’ils prennent en charge cette nouvelle source de complexité. Pour ces derniers, la capacité à proposer une offre de service intégrée n’est plus seulement une option à valeur ajoutée, mais un élément indispensable de leur offre.

    Pour mieux comprendre ce qui se passe, il suffit de prendre l’exemple d’un marchand enregistrant 10 k€ de paiements par carte bancaire par jour. Dans un mode transactionnel, il suffit au PSP d’adresser au marchand un état de réconciliation correspondant au montant total des paiements par cartes de crédit enregistré sur le compte bancaire du marchand. Le service comptable du marchand n’avait plus qu’à effectuer une réconciliation globale, en comparant le montant reçu et le total des ventes. Il ne s’intéressait aux détails que lorsque la différence dépassait un certain pourcentage. Mais cette méthode de réconciliation globale ne fonctionne que pour une seule source de paiement. Plus les méthodes de paiement sont nombreuses, plus il faut pouvoir prendre en compte des frais de transaction différents, et les réconcilier de manière individuelle. Dans le contexte d’une marketplace, ce processus de réconciliation est encore plus complexe. Le reversement du produit de la vente aux vendeurs affiliés passe par une réconciliation ligne à ligne des paiements, des commandes et des frais de transaction associés à la méthode de paiement utilisée.

    Au bout du compte, cette obligation de réconciliation ligne à ligne se traduit par une charge de travail manuel supplémentaire que les marchands, toujours à la recherche d’économies d’échelles, entendent faire supporter aux PSP. Pour ces derniers, tout l’enjeu est en définitive d’intégrer un métier qui n’est pas le leur. Ils savent assurer la connectivité entre les systèmes et les serveurs et sécuriser de grands volumes de transactions. Mais ils ne disposent généralement pas de l’expertise professionnelle nécessaire et des compétences pour effectuer les tâches de réconciliation pour le compte de leurs clients e-marchands ou marketplaces.

    Résoudre un vrai casse-tête

    Sur le papier, il peut paraître simple de mettre en œuvre un système d’information de type bancaire. Mais dans la vraie vie, même si le PSP parvient à déployer et faire certifier par les autorités bancaires sa plateforme, il lui restera à déterminer et à paramétrer un ensemble complexe de règles de commissionnement pour prendre en compte la charge de travail supplémentaire de collecting à l’échelle internationale. Sans oublier que le système mis en œuvre doit pouvoir intégrer au fur et à mesure les nouveaux moyens de paiement apparaissant sur le marché, tout en assurant la compatibilité ascendante de tous les services de paiement déjà en place.

    Plus la complexité augmente, plus il faut chercher des solutions innovantes pour simplifier la chaîne de valeur du paiement. Au premier abord, il s’agit d’une question de stratégie. Chaque PSP doit se demander s’il veut réellement devenir également fournisseur de services financiers ou s’il est préférable pour lui de s’appuyer sur un tiers, voire sur plusieurs pour éviter d’être dépendant d’un seul partenaire. Dans l’élaboration de sa stratégie, le PSP devra également s’assurer qu’il peut conquérir une part suffisante de part de marché pour justifier cette transformation, et qu’il peut réaliser celle-ci suffisamment rapidement pour conserver la fidélité de ses clients existants.

    Et toujours en ligne de mire : le time-to-market !

    Au rythme d’adoption du collecting par les grands e-marchands et les marketplaces, l’enjeu de time-to-market est désormais un facteur déterminant. Les questions suivantes concernent l’informatique. La plateforme de paiement mise en œuvre doit être suffisamment flexible pour permettre l’adaptation aux nouveaux enjeux des processus transactionnels existants ; ceux utilisés par la base clients installés. Ce système doit aussi pouvoir intégrer dynamiquement les règles métiers et les systèmes d’information des grandes marketplaces et des sites de e-commerce. Simultanément, cette plateforme doit aussi pouvoir prendre en compte les processus métiers et les normes de reporting de l’industrie bancaire pour s’adapter sans charge additionnelle à toutes les institutions bancaires choisies par les clients. En tenant compte de toutes ces contraintes, les PSP ont en définitive un choix stratégique à faire. Soit ils veulent s’engager dans la voie du collecting par eux-mêmes. Soit ils préfèrent s’appuyer sur un partenaire technico-financier, capable de convertir rapidement le défi du collecting en une opportunité de croissance.

     

     

  • Rapport CES de Las VEGAS 2017 By Olivier EZRATTY

    Rapport CES de Las VEGAS par Olivier EZRATTY

    Chose promise, chose due, voici comme prévu le magnifique Rapport de CES de Las Vegas 2017, 12eme édition ! C’est le compte-rendu le plus détaillé et exhaustif que vous trouverez dans la galaxie, ou dans le système solaire pour rester modeste, de cette énorme foire aux gadgets numériques ou pas qu’est le CES de Las Vegas. Vous y découvrirez même une bonne part de l’actualité de l’année qui n’est pas forcément exposée dans ce salon gigantesque. Le CES de Las Vegas n’est qu’un prétexte pour vous proposer un vaste tour d’horizon !

    Ce rapport complète mon habituel résumé des points clés que j’ai publié le lendemain de la clôture du CES 2017. Vous le retrouverez complété et actualisé dans l’introduction du Rapport complet.

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  • Les six tendances technologiques auxquelles les PME devront prêter attention en 2017

    Les technologiques qui pourraient bien bouleverser les méthodes de travail des entrepreneurs en 2017

    par Claude Cordier, Directeur Marketing Produits & Services chez Sage 

    Les chatbots, l’intelligence collective et la blockchain font partie des grandes tendances technologiques qui transformeront la façon dont les entrepreneurs gèrent leurs activités en 2017. Les entrepreneurs doivent se tenir prêts à saisir les opportunités apportées par ces évolutions technologiques.  Parmi ces évolutions, six grandes tendances pourraient bien bouleverser les méthodes de travail des entrepreneurs en 2017 et dans les années à venir.

    Tendance 1 : chatbots et interfaces autonomes

     Les interfaces autonomes, telles que les chatbots ou les assistants virtuels, seront de plus en intégrés dans différentes solutions dont les entrepreneurs se servent pour gérer et contrôler leurs activités. Ces interfaces changeront radicalement la façon dont l’homme et les ordinateurs interagissent entre eux. Alors qu’il fallait autrefois utiliser un clavier ou une souris pour interagir avec un PC, nous pourrons progressivement parler avec nos systèmes, ou bien encore interagir avec eux via des fonctions de contrôle gestuel basées sur les mouvements de la main, de la tête ou des yeux. Il ne s’agit pas seulement de simplifier l’expérience utilisateur, mais aussi de la rendre plus agréable. Ces systèmes fonctionneront de manière autonome et seront dotés de fonctions d’auto-apprentissage. À terme, les logiciels s’exécuteront sans intervention de l’utilisateur ou se contenteront de poser une question une seule fois et d’utiliser cette information pour les activités à venir.

    Tendance 2 : Intelligence artificielle et collective

    D’après une étude Sage[1], 48% des PME considèrent qu’une grande tendance en matière de technologies en 2017 est l’Intelligence artificielle et 51% de ces PME sont à l’aise avec l’idée qu’une intelligence artificielle puisse se charger de la gestion de l’entreprise.

    La prolifération des données provenant de toutes sortes de capteurs et d’appareils, ainsi que de la puissance de calcul informatique, des logiciels d’analyse spécialisés et des agents intelligents de plus en plus abordables et performants, permettent aux entreprises de trouver des moyens de tirer parti du Big Data pour développer leurs connaissances.

    La solidarité entre PME peut devenir une force dans les limites de leurs politiques de protection des données d’entreprise et des lois sur les droits individuels.  Le partage, par exemple, de leur puissance de calcul et de leurs données de manière structurées leur permettent de bénéficier d’une base d’informations plus vaste et de meilleure qualité dont elles pourront tirer davantage de renseignements. À l’instar des mécanismes de « crowdsourcing », cette base de données enrichie leur permet de mieux appréhender le comportement des clients ainsi que leurs besoins, de leur proposer une offre adaptée et de savoir dans quels secteurs d’activité investir.

    Tendance 3 : blockchain, ou comment instaurer la confiance à l’ère du numérique

    Les entrepreneurs ont également tout intérêt à déterminer si la blockchain influera sur leur business model actuel. Cette approche innovante devrait en particulier affecter tous les professionnels servant d’intermédiaire entre deux parties, comme les avocats, les notaires, ou les courtiers immobiliers ou financiers. La blockchain devrait également avoir un impact sur les méthodes de travail des comptables car elle élimine une part importante de la charge de travail aujourd’hui inhérente à cette profession, comme la vérification et l’enregistrement des transactions, les transferts de fonds ou le paiement des factures.

    Quels sont les principes de la blockchain ?

    Une blockchain, organise les échanges d’actifs numériques entre deux parties d’une manière tout à fait inédite. Au lieu de passer par des tiers de confiance ou des intermédiaires (banques, notaires, autorités publiques, plates-formes commerciales, etc.) pour légitimer l’échange de certains actifs (tels que des propriétés numériques, des biens numériques, des contrats numériques ou même des transactions financières au moyen d’une monnaie virtuelle comme le Bitcoin), la blockchain permet le transfert direct, sécurisé et immuable entre deux parties. Un grand livre distribué et décentralisé (à savoir une base de données d’actifs partagée par plusieurs participants), combiné à des algorithmes crypto-économiques, constitue la technologie de base d’une blockchain. Les participants d’une blockchain, baptisés « nœuds », ont accès au grand livre distribué recensant les actifs numériques pertinents. Tous les membres de ce réseau possèdent une copie identique de ce registre comptable. Chaque modification qui lui est apportée est appliquée à l’ensemble de ses copies en l’espace de quelques minutes ou secondes. Ce système transparent permet d’établir une relation de confiance entre tous les nœuds sans l’intervention d’une autorité tierce pour légitimer les transactions.

    Tendance 4 : Bouleversement des flux financiers

    La façon dont les personnes gèrent leur argent et transfèrent des fonds d’un compte vers un autre a déjà amorcé une transformation radicale : côté « front-end », les solutions de paiement « in-app » (au sein même de l’application) permettent aux utilisateurs d’effectuer des paiements en un clic et d’acheter des produits via des appareils mobiles ou des sites Web. De nombreuses applications sont d’ores et déjà dotées de cette fonctionnalité. Côté back-end, en revanche, des systèmes comme les logiciels de comptabilité pêchent par leur manque de convivialité et d’intégration. Il est, par exemple, pratiquement impossible aux entreprises de régler leurs factures en un clic ou de gérer facilement leurs transactions financières avec leurs partenaires, fournisseurs et banques.

    En 2017, de plus en plus de solutions permettront aux entreprises d’établir une chaîne de valeur des paiements de bout en bout avec leurs fournisseurs et clients. Ces nouvelles méthodes de paiement immédiates et multicanal, en tout lieu et à tout moment, seront entièrement intégrées aux systèmes de comptabilité financière des entreprises de demain. Toutes les parties intéressées, comme les plates-formes de commerce électronique, les banques, les FinTech ou les partenaires, profiteront de normes d’API ouvertes qui faciliteront la création de nouveaux services, avec un traitement transparent et entièrement automatisé des paiements et des transactions financières.

    Tendance 5 : Infrastructure basée sur des plates-formes

    En 2017, de plus en plus de PME remplaceront leurs systèmes logiciels autonomes sur site par des solutions logicielles intégrées s’exécutant sur des plates-formes cloud d’envergure internationale lesquelles offrent à leurs utilisateurs une multitude d’applications professionnelles et de services intégrés. Les entreprises profiteront en outre de plates-formes d’applications mobiles, comme celle proposée dans le cadre du programme MPP d’Apple. Le principal avantage de ces plates-formes est qu’elles mettent à la disposition des petites entreprises des services et des solutions logicielles métier innovants qu’elles n’auraient pas eu les moyens de s’offrir il y a encore cinq ans. Ces types de plateformes Cloud démocratisent l’accès des entreprises à des applications de pointe ainsi qu’à des technologies intelligentes et évolutives. Grâce à elles, les entrepreneurs découvrent de nouvelles méthodes de travail et bénéficient de l’infrastructure dont ils ont besoin pour recevoir toutes sortes de données de leurs partenaires ou de l’Internet des Objets, les analyser, puis, un peu comme des « Citizen Developer », créer de nouvelles solutions productives.

    Tendance 6 : Émergence de nouveaux services et profils professionnels grâce à l’Internet des Objets

    Les PME devront se tenir à l’affût des nouvelles opportunités offertes par l’Internet des Objets. Les flux de données multiples en provenance d’une grande diversité de capteurs intégrés à des machines, à des véhicules, à des objets mobiles et immobiles, à des vêtements ou même à des êtres humains (à des fins de suivi médical, par exemple) leur fourniront une précieuse mine d’informations dont elles pourront se servir pour créer une foule de nouveaux services.

    Les PME doivent réfléchir à la façon d’exploiter ces flux de données pour développer leur activité :

    • Les entreprises de mécanique élaboreront de nouveaux services, tels que la maintenance prédictive, pour un large éventail d’infrastructures techniques.
    • Les entreprises de logistique pourront optimiser la navigation de leurs flottes de camions en s’appuyant sur les données de trafic émanant de différentes sources, notamment des « villes intelligentes » (feux de signalisation, voix publique, autres véhicules, etc.).
    • Les services de conciergerie développeront divers services de surveillance grâce aux Nouvelles Technologies d’habitat intelligent.
    • Les entreprises de distribution et les commerçants se connecteront aux appareils équipant l’habitat intelligent, comme les réfrigérateurs ou les dispositifs similaires aux « Dash Button » d’Amazon, pour approvisionner leurs clients en produits et services de manière automatique et anticipée.
    • Les services médicaux mobiles pourront tirer parti d’une multitude de nouveaux appareils pour innover (amélioration de la prise en charge des personnes âgées vivant seules chez elles, etc.).

    En 2017, toutes les entreprises devront changer le regard qu’elles portent sur elles-mêmes et se considérer comme des acteurs technologiques. Pour rester compétitives, il leur faudra saisir les opportunités offertes par ces évolutions et repenser pratiquement chaque aspect de ces méthodes de travail plus ou moins traditionnelles. Grâce à ces Nouvelles Technologies, les tâches d’administration pourraient bientôt devenir aussi simples qu’envoyer un texto à un ami, ou être entièrement automatisées grâce aux capacités d’auto-apprentissage des machines. Au lieu de perdre leur temps en procédures administratives basiques, les entrepreneurs pourront se consacrer plus pleinement au développement de leur activité, tout en contribuant au développement de leurs communautés et à la croissance économique.

     

  • Paiement sans contact, bitcoin, blockchain, open banking… Quel futur pour les banques ?

    Prévisions bancaires pour 2017

    Par Bob Wiederhold, PDG de Couchbase

    La finance accélère sa métamorphose en donnant la priorité au numérique, avant de lui réserver l’exclusivité : ce n’est qu’une question de temps. Bon nombre de générations futures ne mettront jamais les pieds dans une agence bancaire et, avec le paiement sans contact, le bitcoin et la blockchain, la monnaie elle-même devient progressivement digitale, jusqu’à l’abstraction. L’année 2017 s’affirmera dans la progression logique de cette tendance, qui verra se banaliser les start-up FinTech exploitant des technologies émergentes de type blockchain. Elles laisseront dans leur sillage les grandes banques, incapables de pourvoir aux besoins de l’économie digitale.

    À court terme, l’année 2017 sera également celle de la révolution « open banking » et de la migration massive de la clientèle, avec des services numériques et une expérience utilisateur à l’importance inégalée jusqu’ici. Il sera plus facile, pour les clients, de « changer de crèmerie » et d’avoir accès aux données leur permettant de décider s’il est judicieux de quitter leur banque, à quel moment et pour quel établissement. Ainsi averties, les banques s’emploieront à se montrer plus ouvertes, compétitives et modernes. Elles dispenseront, en définitive, à leurs clients l’expérience numérique exigée : depuis l’accès à l’ensemble de leurs comptes à partir d’une seule et même application jusqu’à la diffusion d’un service introuvable ailleurs, en passant par la transmission des informations et alertes dont ils ont besoin, au moment voulu.

    Résumé de l’actualité bancaire en 2016

    L’année 2016 a consacré la start-up FinTech. En marge des votes de protestation en faveur du Brexit et de Trump qui provoquent un cataclysme dont sont victimes le monde et l’économie mondiale, les grandes banques et l’establishment financier ont, eux aussi, été sévèrement touchés cette année. Les clients, las de plusieurs années de services médiocres, se sont rués en masse vers des banques challenger, en quête d’une meilleure expérience, plus personnalisée et davantage fédératrice sur le plan émotionnel.

    Cette année fut également celle de la banalisation de technologies émergentes telles que la blockchain, celle où les coups de pub sont finalement devenus réalité. Même s’il reste encore un sacré bout de chemin à parcourir.

    Les données sont également mieux exploitées. Si les banques utilisent depuis longtemps les données pour prédire les tendances et opportunités futures, traiter les règlements et calculer le risque à moyen ou long terme, elles retirent toujours davantage de valeur ajoutée de leurs données opérationnelles. Précisons néanmoins qu’il reste encore bien des choses à améliorer dans ce domaine. Fortes de ce capital données, les banques se révèlent de plus en plus capables de proposer des offres personnalisées à leurs clients en temps réel. Profitant d’un accès optimisé aux données opérationnelles et d’une meilleure utilisation de celles-ci, ces établissements peuvent faire diligence auprès de leurs clients en peaufinant les solutions proposées. Comme un complément d’assurance habitation à de nouveaux propriétaires ou une offre de change de devises aux clients qui se rendent à l’étranger, dès leur arrivée sur leur lieu de destination.

    Prévisions technologiques pour 2017

    En 2017, les entreprises devront s’investir dans une économie digitale articulée autour de l’utilisateur, que celui-ci soit client e-commerce ou ingénieur industriel. Cette nouvelle économie génère d’importants bouleversements dans tous les secteurs d’activité : depuis Amazon qui transforme nos modalités d’achat, à Netflix qui redéfinit notre manière de regarder la télévision, en passant par Uber qui révolutionne nos formules de déplacement. S’adapter à ce phénomène revient à faire appel à des applications visant à déployer l’expérience utilisateur adaptée, que ce soit sur mobiles, le web ou des appareils connectés, via une gamification sociale ou une banque à distance optimisée. Ainsi, d’après l’ONS, la part totale du chiffre d’affaires tiré du e-commerce dans les entreprises s’inscrit en progression constante, passant de 13,7 % en 2008 à 19 % l’an dernier – les enseignes dépourvues de site e-commerce sont donc perdantes et se privent d’une clientèle appréciable. Les entreprises incapables de tirer avantage de l’économie digitale ne tarderont pas à se retrouver à la traîne, tout comme celles incapables de mettre à profit le potentiel de technologies émergentes comme Blockchain.

    Pour tirer avantage de la nouvelle économie et des technologies sur lesquelles elle repose, les données sont déterminantes. Peu importe la manière dont elles sont générées : leur éclairage est précieux pour les projets futurs de l’entreprise, et elles donnent à celle-ci les moyens de prendre et d’appuyer les meilleures décisions opérationnelles en temps réel. Sachant que moins de 25 % des grandes entreprises exploitent des données en provenance d’appareils intelligents ou de capteurs comme aides à la décision, toujours d’après l’ONS, il reste encore des progrès à accomplir. En définitive, les entreprises doivent veiller à se doter de la base de données adéquate. Concrètement, il ne s’agit pas seulement d’être en mesure d’opérer une montée en capacité qui garantira une expérience irréprochable à plusieurs millions d’utilisateurs potentiels aux quatre coins du monde, à tout moment. Il s’agit également d’être capable d’exploiter ces données à tout moment, indépendamment du format exigé ― que ce soit pour analyser des événements susceptibles de se produire au cours de la prochaine décennie, ou assurer des performances optimales sur-le-champ ― sans avoir à saisir, récupérer et analyser des données en fonction de critères bien particuliers. Des acteurs tels que Ryanair, LinkedIn et General Electric ont d’ores et déjà prouvé les avantages induits par ce mode d’utilisation des données, et en 2017, d’autres les rejoindront ou disparaîtront.

  • Quand le concept de la BlockChain, nous interroge sur l’avenir…

    Quelle confidentialité des données après la BlockChain ?

    Par Robert BENTZ – Directeur adjoint de FWA

    Pour faire simple, la BlockChain est l’architecture logicielle qui sous-tend le Bitcoin. Il devient assez simple de penser ce que l’on veut du Bitcoin, mais il est indéniable que personne n’a rien entendu sur la sécurité des échanges et des archivages des opérations pour cette monnaie numérique. Plus étrange le Bitcoin, avec cette architecture BlockChain, se supporte tout seul sans banque, sans serveurs hyper sécurisés localisés sans vraiment connaître l’emplacement. La BlockChain n’a pas besoin de serveurs pour exister. Les informations sont stockées sur l’ensemble des ordinateurs des « abonnés », les « mineurs».
    Le système quant à lui consiste à hyper crypter l’information, qui sera stockée par fragments sur les machines distinctes, sous forme de chaîne de blocks. L’abonné peut même être rémunéré pour l’espace qu’il met à disposition des échanges. La sécurité vient de l’atomisation de l’information, qui est aussi cryptée et qui est gérée dans une « chaine de blocs » qui évolue tout le temps, avec les échanges des abonnés. Hacker une information mouvante est quasiment impossible. J’aime beaucoup aussi, la théorie des « généraux byzantins » pour expliquer l’infaillibilité des échanges.

    La BlockChain peut être utilisée pour de nombreuses applications sécurisées, les échanges monétaires bien sûr, mais aussi des applications de type contractuelles (contrats types) avec la traçabilité de la validation (covoiturage, logistique, smart contrats, ..), notarisation de documents au niveau mondial (Valeur probante), le cadastre pour l’obtention d’informations, voire pour l’achat de parcelles (en Afrique), plus généralement, le stockage d’informations sensibles avec la traçabilité des consultations et sécurité des accès. Les hackers n’ont pas un serveur à attaquer, mais des milliers de PCs’ qui ne stockent que des fragments d’informations dont la reconstitution est quasiment impossible. Mais alors ! A quoi vont servir tous nos serveurs, nos tiers de confiance ? Le stockage dans le Cloud ? Sécurisé ou non. Voilà l’objet de mon angoisse depuis quelques semaines. Si les Microsoft avec Azure, Amazon avec son AWS, et tous les autres n’ont plus de clients pour acheter leur espace disque et leur puissance de calcul, c’est toute l’économie du Cloud qui va s’écrouler.

    Mais alors pourquoi les grands acteurs du stockage s’intéressent à la BlockChain : Orange en France La Banque Santander en Espagne, et aussi Microsoft Azure ? Y aurait-il un piège ? Ils s’y intéressent car ils ne veulent pas se faire « uberiser », comme les taxis l’ont été. Ces acteurs veulent intégrer ces nouvelles possibilités dans leur cœur de métier.

    L’idée maîtresse est d’utiliser la Blockchain pour la validation des transactions (échanges, requêtes, contrats, etc.) et garder la partie stockage dans le Cloud. Il est vrai que les enjeux du Bitcoin, qui ne gère que de la donnée numérique quantitative peut être satisfait au travers des espaces disques disponibles chez les abonnés (mineurs). Mais pour la gestion d’une masse plus importante de documents ou d’informations volumineuses, il n’est plus pertinent d’embarquer dans la chaîne de blocs ces éléments « polluants » en termes de performance. Alors l’on en revient au stockage classique dans le Cloud. C’est l’objet même de l’initiative Microsoft Azure avec Storj. Ainsi les acteurs du Cloud s’investissent dans la BlockChain. Mais qui peut en payer le prix ? Principalement les tiers de confiance, que la BlockChain va permettre de remplacer.

    A ce jour, nous n’en sommes qu’au début de l’histoire de l’utilisation de la BlockChain. Toute entreprise raisonnable doit aujourd’hui s’y intéresser, car les conséquences en lien avec le métier peuvent être importantes. Si de grands acteurs du numérique s’investissent autant sur ce sujet, c’est qu’il y a de belles opportunités à venir !

  • La Blockchain : la nécessaire alliance des marchés pour standardiser les protocoles

    A la recherche d’un protocole commun

    Par Lui Smyth, Head of Blockchain Research & Ecosystem Engagement chez EdgeVerve R&D Lab at Infosys et Fuat Bozkurt, Principal Solution Consultant chez Finacle at Infosys France

    Réduire la durée et les coûts des transactions financières

    La Blockchain est la technologie de transmission d’informations qui promet, dans les années à venir, une révolution des transactions financières au niveau mondial. Depuis 2009, la monnaie virtuelle bitcoin a fait rentrer la blockchain dans le vocabulaire commun, promettant un impact global, similaire à l’arrivée d’Internet dans les années 1990. Par son instantanéité, la Blockchain permet de réduire la durée et les coûts des transactions financières.
    Nul besoin de mise en place de plusieurs plateformes complexes et non-interopérables. Il subsiste néanmoins des avancées à concrétiser et des interrogations à résoudre avant que cette technologie ne s’impose comme une évidence pour de nombreux domaines. En première ligne, le secteur de la finance et les banques, qui cherchent à comprendre cette technologie.

    Une plateforme d’échanges 

    L’architecture de la Blockchain, comparable à un système de partage de fichiers de pair-à-pair, fonctionne de façon distribuée, en chaines, et donne plus de visibilité sur la structure et le contenu des échanges. Cette notion de circulation transparente des données devrait convaincre le plus grand nombre de la fiabilité de la Blockchain. De plus, la réduction des intermédiaires va permettre de mieux structurer le marché des plateformes spécialisées dans les transactions financières. Elle permettra aussi et surtout d’éviter des fraudes à grandes échelles, grâce à la traçabilité des échanges effectués de points à points.

    Pourtant, 46% des banques françaises considèrent l’absence d’une supervision ou d’un responsable qui régit ces échanges[1] comme le principal obstacle à l’adoption des technologies Blockchain par le secteur bancaire. Et tant que les conditions de sécurisation maximale des données bancaires ne seront pas réunies, les institutions bancaires n’entameront pas leurs projets de rénovation systèmes. C’est là que réside le plus grand défi de la Blockchain. Cet été, la plateforme d’échange de bitcoins Bitfinex a été victime de pirates informatiques qui ont réussi à dérober 120 000 bitcoins, correspondants à 65 millions de dollars. Malgré une architecture partagée, qui permet de tracer toutes les transactions et personnes ayant accès et participant aux échanges, d’importantes faiblesses subsistent au sein des systèmes Blockchain. Les hackers détectent de mieux en mieux les failles de sécurité, et il y a fort à parier qu’ils ne s’arrêteront pas là. Pour tenir ses promesses sur le long terme, la Blockchain doit démontrer sa « scalabilité », c’est-à-dire sa capacité à s’adapter à de lourds changements et supporter de forts volumes de données et transactions. Elle doit aussi garantir le maintien des fonctionnalités d’une solution ou d’un produit, sans en altérer ni le fonctionnement ni la performance.

     Comment imposer la blockchain comme référence ? 

    Il existe selon nous deux alternatives à considérer pour satisfaire à la fois les institutions financiaires et bancaires et le monde des entreprises, tout en préservant l’équilibre des plateformes spécialisées de transactions et par là même, l’intérêt général :

    –          L’interopérabilité des systèmes devra être garantie pour permettre l’harmonisation des échanges.

    –          Une autre alternative pour les banques et les institutions financières serait de s’engager dans un processus de standardisation des protocoles pour en dégager un qui soit commun et universel.

    Or actuellement, le secteur n’en prend pas le chemin : les grands groupes bancaires ou financiers développent chacun de leur côté des protocoles qu’ils espèrent voir s’imposer comme référence. Il y a donc un fort risque que se dégagent plusieurs protocoles selon les continents et les marchés financiers. Si cette tendance se confirme, il sera vite compliqué, par exemple pour les marchés américains, de communiquer simultanément et avec la même efficacité avec les marchés européens, asiatiques ou africains. En fonction des accords qui seront passés, et qui se baseront sur les liens économiques de marchés à marchés, certains acteurs risquent d’être relégués au second plan. Cette éventualité remettrait alors en cause le décollage économique de la Blockchain et tous les bénéfices de transparence et de fluidité des processus qui en découlent.

    L’alliance des marchés pour trouver un protocole commun s’impose donc comme la valeur sûre pour une Blockchain propre à dynamiser l’économie mondiale, favorisant ainsi les échanges de manière égale et avec une efficacité partagée.