L’équation devient difficile à tenir pour les enseignes. Les coûts d’exploitation grimpent, les marges se resserrent, et les clients veulent tout, tout de suite en magasin comme en ligne. Résultat : la moindre minute gagnée sur les opérations a de la valeur.
C’est dans ce contexte que Samsara a publié son dernier rapport sur l’état des Opérations Connectées, consacré au vol et à la perte d’actifs et intitulé “Quantification du coût caché des actifs invisibles”. Réalisée auprès de plus de 1 500 dirigeants financiers de secteurs à forte intensité d’actifs, dont le retail, cette étude met en lumière un sujet encore largement sous-estimé : la visibilité sur les équipements.
Un magasin peut tourner rond sur le papier : un bon réseau, des équipes rodées, une logistique carrée. Il suffit pourtant d’un terminal mobile égaré, d’un scanner resté dans un autre point de vente, d’un roll introuvable, pour que tout se grippe. La mise en rayon prend du retard. Une commande traîne. Une livraison se complique.
Un incident isolé, ce n’est rien. Mais multiplié par des dizaines, des centaines de magasins, chaque jour, impactent aussi bien la productivité que le service client. Car le coût d’un équipement manquant ne se limite jamais à son remplacement. Il se traduit aussi par des heures perdues, des opérations retardées, des ressources immobilisées et, parfois, une promesse client qui ne peut plus être tenue.
Ces objets du quotidien, on ne peut plus s’en passer
Un magasin, c’est un flux permanent : la réserve, la surface de vente, les quais, parfois même d’un site à l’autre. Terminaux mobiles, scanners, imprimantes d’étiquettes, rolls, chariots, matériel de click & collect. Chacun a sa fonction, et aucun n’est superflu.
Longtemps, l’attention s’est portée sur la démarque inconnue. Mais une autre fuite s’est installée, plus discrète : celle du petit matériel qui disparaît sans bruit. Un terminal oublié en réserve. Un scanner « prêté » à une autre équipe et jamais rendu. Un roll bloqué ailleurs dans le réseau. Un déplacement jamais tracé. Rien de spectaculaire et c’est bien le problème.
Les enseignements de l’étude sont sans appel : sans outil de suivi, les coûts s’accumulent vite. Et contre-intuitivement, ce n’est pas le matériel le plus onéreux qui pèse le plus lourd. 72 % des coûts viennent du petit équipement banal, celui qu’on utilise sans y penser.
Logique, en fait : un actif cher, on le surveille, on le signale dès qu’il manque. Un scanner ou un roll, en revanche, file sous le radar. Un incident à la fois, ça ne se voit pas. Additionné sur des semaines, ça finit par ralentir toute la chaîne.
Le vrai coût dépasse largement le prix de l’objet
Face à un équipement manquant, le réflexe naturel est de vouloir le remplacer. Mauvais réflexe : le coût réel se cache ailleurs.
Avant même d’acheter, il faut chercher. Appeler d’autres magasins. Réorganiser à la volée. Se débrouiller avec du matériel moins adapté. Pendant ce temps, les rayons se remplissent en retard, les commandes traînent, et les vendeurs passent moins de temps avec les clients.
Ce type de perte n’apparaît jamais comme une ligne budgétaire à part. Il se dilue entre plusieurs postes, ce qui le rend quasiment invisible à mesurer.
Autre chiffre marquant du rapport : dans les entreprises sans solution de suivi, certaines équipes passent plus de dix heures par semaine à chercher du matériel. À l’échelle d’un réseau national, ça représente des centaines d’heures perdues, chaque semaine, qui ne servent plus les magasins.
Dans un secteur où chaque poste compte, difficile de justifier un tel gaspillage de temps humain.
Avant d’acheter plus, mieux utiliser ce qu’on a déjà
La solution n’est pas forcément d’investir dans plus de matériel. Le rapport Samsara le montre bien : chez les entreprises sans outil de suivi, jusqu’à 25 % du budget « nouveaux équipements » sert en réalité… à remplacer ce qui a été perdu.
Dans un climat où chaque euro investi est scruté, le premier réflexe intelligent, c’est d’optimiser l’existant.
Savoir précisément où se trouve chaque terminal, chaque scanner, chaque roll évite les achats inutiles. Ça permet aussi de mieux répartir les ressources entre magasins et d’éviter qu’une équipe attende un équipement qui dort, inutilisé, à cinq kilomètres de là.
Les enseignes ont pourtant beaucoup investi ces dernières années : encaissement mobile, préparation de commandes automatisée, gestion des stocks en temps réel, outils omnicanaux. Le suivi du matériel du quotidien, lui, reste largement à la traîne.
Au fond, savoir où sont les bons équipements devient presque aussi stratégique que savoir où sont les bons produits. Une équipe qui trouve immédiatement ce dont elle a besoin passe moins de temps à s’organiser et plus de temps à servir ses clients.
Le magasin de demain sera connecté, c’est entendu. Mais avant de multiplier l’IA et l’automatisation, il devra d’abord apprendre à ne plus perdre ce qui lui permet, très simplement, de fonctionner chaque jour.




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