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  • Comment relever les défis d’innovation pour notre avenir à l’horizon 2030 ?

    Comment relever les défis d’innovation pour la société à l’horizon 2030 ?


    Pour répondre à cette grande question s’est tenue le 17 juin une conférence exceptionnelle. Institutions, médias, scientifiques, entreprises, étudiants se sont relayés pour partager leurs visions et leurs projets d’un monde post-Covid.
    Temps forts d’une journée riche d’inspiration et de contenus organisés par « Les Mardis de l’innovation »

    Accessible en ligne gratuitement sur la chaîne YouTube Les Mardis de l’innovation, la conférence réunit pas moins de 35 intervenants venus de divers horizons et reconnus pour leur leadership en matière d’innovation.

    Cette journée est rythmée selon 4 grandes thématiques : regards croisés, zooms sectoriels, les pays émergents, la recherche en Europe.

    Regards croisés sur notre avenir

    Le point de vue des institutions

    Pour cette première thématique très large qui aborde les objectifs, les défis à relever, les progrès possibles et les innovations nécessaires pour une société post-Covid, la parole est tout d’abord donnée à des institutions en charge de l’orientation des technologies.

    Pascal Viginier, Président de l’Académie des Technologies, ouvre la conférence : « Notre Académie des Technologies plaide pour un progrès raisonné, partagé et choisi. C’est vraiment la technologie pour l’innovation pour un usage le plus large possible par le bien public. ». Pour anticiper les prochaines crises, il appelle à la création d’un hub de données de crise. Il partage son optimisme raisonné pour l’avenir, car il voit beaucoup d’entreprises saisir l’opportunité de la pandémie pour prendre des engagements de développement durable. La transition énergétique avec de l’énergie décarbonée sera un des grands sujets d’avenir. La France – et plus largement l’Europe – a la capacité de tirer son épingle du jeu dans le concert mondial de l’innovation.

    Cédric Villani propose le point de vue du mathématicien, député, membre du collectif Ecologie Démocratie Solidarité, et Président de l’Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques. Il dresse un constat post-Covid alarmant : les tensions entre continents se sont aggravées, la démocratie a reculé un peu partout dans le monde, la confiance des citoyens envers la politique et la science a chuté. Mais on va aller de l’avant et se demander quels sont les nouveaux modes de fonctionnement et les innovations qu’il faut surveiller. Pour le mathématicien, la transition écologique doit passer par l’agroécologie :  abandon des pesticides et de l’élevage intensif, autonomie alimentaire pour tous avec des produits de qualité. Mais cela demande une rénovation de notre modèle économique et le changement de nos habitudes comme une réduction de moitié de notre consommation de viande. Au final, la transition agroécologique, la transition énergétique, les questions numériques doivent se régler avec des politiques à l’échelle européenne.

    Susanna Bonnetier, Vice Présidente de l’Association des Instituts Carnot dont l’objectif est de mettre en relation les instituts de recherche et les entreprises pour transférer les innovations, « la société post-Covid va devoir faire face à trois transitions majeures ; digitale, écologique et la médecine du futur personnalisée. » Pour relever ces défis interconnectés, la recherche développe des outils numériques plus intelligents grâce à l’Intelligence artificielle, des énergies décarbonées, des systèmes agricoles durables, de la médecine personnalisée et de la biothérapie, « pour mettre l’innovation au service de la planète et au service du progrès humain ».

    Le point de vue des étudiants 

    Les témoignages de Léa, étudiante à la Sorbonne et Adrian, étudiant à l’Epita, c’est la nouvelle génération qui exprime sa vision et ses engagements face aux défis de la société post-Covid, cette génération souvent présentée comme la génération Covid, la génération sacrifiée ou encore Génération Greta. L’étude menée par la Conférence des Grandes Ecoles, IPSOS et BCG, auprès de 2242 étudiants, montre que les secteurs les plus prisés sont l’environnement, l’énergie et l’humanitaire, et que les premiers critères de choix d’une activité sont l’intérêt du poste, le bien-être et être en phase avec ses valeurs (loin devant la rémunération qui arrive en 11ème position). Cette génération montre donc une forte tendance écologique et humanitaire, elle aspire plus à des valeurs qu’à une carrière. C’est véritablement la génération du renouveau et de l’engagement.

    Le point de vue des médias

    Observateurs privilégiés de l’évolution du monde, les médias qui mettent en relation sciences, technologies et société nous partagent leurs ressentis et leurs analyses sur la société de demain.

    François Siegel, Directeur de la publication de We Demain, l’enjeu principal est de préserver la démocratie : «  pour réussir la transition énergétique, il faut revenir sur une société apaisée qui a envie de partager et d’échanger ». Le chemin à parcourir pour atteindre 1,5° et la neutralité carbone en 2050 est un long processus et on y va de manière chaotique. Mais François Siegel reste confiant, car on n’a pas le choix avant que la planète ne devienne invivable.

    Béatrice Sutter, Directrice des rédactions de l’ADN, présente les nouvelles tendances du numérique en 2021. Nous assistons à trois chocs majeurs. En premier lieu l’émergence d’une nouvelle cartographie du web. Outre les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) qui ont vu leurs valorisations plus que doubler pendant la pandémie, nous voyons émerger de nouveaux acteurs tels que Vinted, Twitch et Roblox qui réinventent à leur manière l’économie circulaire, l’économie de la passion et l’économie des avatars. Ces plateformes redéfinissent une nouvelle économie de pair à pair que l’on pourrait appeler le Web 3.0, le second choc majeur. Le 3ème choc, c’est l’émergence d’un nouveau type de consommateur, le consotrader, plus engagé, tour à tour acheteur, vendeur et investisseur.

    Pour Dominique Leglu, Directrice des Rédactions de « La Recherche » et « Sciences et Avenir« , le futur ne se jouera pas que sur le numérique, mais également sur le terrain de la géostratégie : c’est dans l’espace, dans les océans que les grandes puissances vont s’affronter, et l’Europe doit avoir un rôle à jouer.

    2.   Zooms par secteurs

    Durant cette journée, différents focus seront faits sur des secteurs au cœur des transitions comme la vie dans la cité, les transports, l’économie digitale ou encore l’agro-alimentaire. Chaque panel réunit des centres de recherche, des industriels, des associations, des instituts pour débattre et nous éclairer sur les enjeux spécifiques et les défis d’innovation. Vous pourrez revivre ces interventions sur la chaîne YouTube :

    Des villes plus agréables pour tous

    Le confinement a montré la pression de la concentration urbaine, la nécessité d’espace vital des individus et le besoin amplifié de services toujours plus proches et accessibles avec Sabine Romon, Responsable du Pôle Innovation Ville de Paris, Stéphane Vincent, Délégué Général, 27ème Région et John Tanguy Directeur de la Stratégie et de l’Innovation Société du Grand Paris

    Des transports décarbonés au service du besoin de mobilité

    Une accélération des innovations est attendue dans les transports, notamment en termes d’émission de CO2. Quelles étapes crédibles vers l’objectif Zéro émission-zéro pollution. Quels projets et quels horizons pour les grands modes de transport ? Michel Forissier, Chief Engineering and Marketing Officer, Valeo, Sebastian Mikosz, Head, SVP Member and External Relations, IATA ont échangé sur ces sujets.

    Une économie digitale plus au service des individus

    Quels défis technologiques et quels nouveaux formats plus respectueux de l’humain pour l’économie digitale ? Quelles façons de lutter contre l’épidémie de cybercriminalité ? La domination des GAFA est-elle irréversible ou va-t-on vers une gouvernance plus équilibrée?
    Des éléments de réponse avec François Cuny, Directeur de l’Innovation, Inria,  Jacques-François Marchandise, Délégué général, La Fing (Fondation Internet Nouvelle Génération), Joëlle Toledano, Economiste, Université Paris Dauphine  et Christine Aymard, General Manager, Microsoft Consulting Services France

    Une agriculture écologique, plus valorisée et plus valorisante

    Rémy Cailliatte, Directeur Plant2Pro et Catherine Renard Directrice Qualiment – INRAe, Lancelot Leroy, Directeur Innovation, et Développement Terrena, Didier Christin, Délégué Général, Sol et Civilisation, Rachel Kolbe, Head of Sustainability, Invivo et Guillaume Dhérissard, Directeur Général,  Fermes de Figeac apportent leurs expertises au sujet de l’agriculture d’aujourd’hui et de demain.
    L’agriculture française a démontré sa mobilisation et son efficacité pendant la pandémie qui n’a connu aucune pénurie alimentaire. Le secteur fait également face à une transition écologique rapide tout en peinant à faire reconnaître la valeur de ses produits et services. Quelles grandes étapes, projets et objectifs d’innovation de la transition agricole actuelle ?

    3.   Innover pour le développement des pays émergents

    Pour les pays développés, la pandémie a eu un impact grave. Mais pour les pays en développement, il est dramatique. Comment dans ces conditions retrouver le chemin du progrès humain ?

    Sandrine Boucher, Directrice de l’Innovation de l’Agence Française de Développement, aborde le sujet de l’innovation dans les pays en développement face à la crise Covid-19. On sait quand ces pays, la reprise va être beaucoup lente et plus rude, avec une augmentation de l’extrême pauvreté. Sandrine Boucher évoque des réponses innovantes à la crise, qui s’attachent à apporter des réponses adaptées aux contextes sociaux et culturels, comme la mobile money en Afrique, ou des pratiques qui évitent d’avoir recours à la technologie, comme les approches communautaires au Vietnam.

    Juliette Seban, Directrice Exécutive du Fonds d’Innovation pour le Développement, nous présente pour sa part le Fond d’Innovation pour le Développement, un dispositif permettant de soutenir les innovations qui luttent contre la pauvreté et les inégalités dans les pays émergents.

    4.   Objectifs des plans de relance européens pour 2030

    Pour clôturer cette journée riche et dense, Marc Giget, Président de l’Institut Européen de Stratégies Créatives et d’Innovation évoquera la Place de l’innovation, grands défis, priorités et objectifs à horizon 2030 des plans de relance européens, Le budget final de Horizon Europe, qui n’est qu’une partie du plan de relance Horizon Europ, s’élève à plus de 95 milliards d’euros. « C’est un grand programme de relance avec une véritable volonté de repositionner l’Europe dans les domaines où elle avait perdu du terrain, ou de consolider ses positions de force. Et la génération montante a envie que ça se passe à ce niveau-là » conclut Marc Giget.

    Retrouvez l’intégrale de la conférence sur :

    1/2 Les grands défis d’innovation pour la société post-Covid : Horizon 2030 – Matin

    2/2 Les grands défis d’innovation pour la société post-Covid : Horizon 2030 – Après midi

    Par Pierre Tran, journaliste @LaBrigadeDuWeb

  • Quand l’analytique se met au service des villes intelligentes …

    Bâtir les fondations informatiques des villes intelligentes

     Par Marc Royer Expert Scale-out NAS, Datalake and Big Data Analytics chez Dell EMC

    Les Nations Unies prévoient que d’ici à 2050, environ 70 % de la population mondiale sera concentrée dans des zones urbaines, contre 54 % en 2014. Pour les municipalités, cette progression de leur population n’est pas sans conséquence. Des technologies émergentes telles que l’Internet des Objets, les capteurs ou l’analytique sont appelées à jouer un rôle crucial pour le développement durable des environnements urbains, pour affecter ou gérer les ressources de la manière la plus efficace possible. Or, à mesure que ces smart cities deviendront une réalité, il sera essentiel de mettre en place des technologies qui supportent les nouveaux services et répondent à l’évolution des besoins.

    Une question d’échelle 

    Dans une ville intelligente type, on estime que chaque arrêt de bus et lampadaire contiendra en moyenne huit capteurs. Avec quelque 250 000 objets connectés dans un environnement urbain typique, cela peut représenter jusqu’à deux millions de capteurs, produisant tous en temps réel des données qu’il faudra traiter pour en extraire l’essentiel. Par exemple, l’incidence des encombrements de la circulation sur les niveaux de pollution pourrait être utilisée au sein d’un système aiguillant les automobilistes vers des itinéraires bis de façon à réduire cette pollution.

    Cependant, pour qu’une ville soit véritablement intelligente, ses systèmes doivent pouvoir accéder à des volumes considérables de données et les traiter. C’est en cela queles « Data Lake » ou « lacs de données » se révèleront précieux, car ils rassemblent des masses de données de différents types et formats, qu’ils rendent immédiatement accessibles aux outils analytiques avancés. Face au volume et à l’éventail des données non structurées que les villes intelligentes vont produire, les « Data Lake » évolutifs offrent le meilleur moyen d’interpréter ces informations, quelle qu’en soit la forme ou la provenance.

    Analyse en temps réel

    Les villes intelligentes doivent toutefois aller au-delà de la collecte de données : il leur faut également les analyser le plus rapidement possible pour permettre aux infrastructures ou aux services d’y réagir.

    C’est particulièrement le cas lorsqu’il s’agit de répondre en urgence à un incident et au nombre de variables qui entrent en jeu.

    Les services d’urgence devront être alertés et recevoir des informations avec un maximum de rapidité afin de venir en aide aux personnes touchées et d’éviter toute aggravation de la situation. En outre, la circulation devra être déviée de manière intelligente pour contourner la zone concernée, les réseaux de communications devront présenter une flexibilité suffisante pour rediriger leur capacité là où elle est nécessaire et les informations être rassemblées pour tenir les citoyens au courant de l’incident.

    Il est donc indispensable que les villes intelligentes fassent appel à des outils de pointe pour le traitement et l’analyse des données, notamment en termes de latence en mémoire pour le stockage externe.

    Le potentiel de l’analytique prédictive

    Les citoyens des villes intelligentes pourront aussi à avoir accès en permanence à des informations et à des services personnalisés. Une méthode essentielle pour répondre aux attentes de ces « citoyens numériques » est l’analytique prédictive, qui permet de prévoir leurs besoins et d’affecter des ressources de manière appropriée en fonction de l’interrogation des lacs de données.

    En cas d’urgence médicale par exemple, l’analytique prédictive pourra diriger un patient vers l’hôpital apte à prendre en charge sa pathologie à ce moment-là, avec un minimum de temps d’attente.

    L’optimisation de la circulation est une autre application intéressante. Les autorités pourraient prévoir les flux de trafic et les conséquences de certains événements, tels que l’ouverture des écoles ou une grande manifestation sportive. Ces informations pourraient alors être exploitées pour augmenter les tarifs du stationnement afin de dissuader les automobilistes de se rendre dans la zone concernée.

    L’analytique prédictive exige la collecte de données sur plusieurs années afin de disposer de la profondeur nécessaire, une autre raison pour laquelle les lacs de données et le stockage évolutif seront des éléments majeurs de l’infrastructure d’une ville intelligente.

    Unifier les capacités informatiques 

    L’échelle, la complexité et l’éventail des exigences qui pèseront sur les infrastructures et les services urbains dans un avenir proche sont considérables.

    Elles nécessiteront des fondations informatiques robustes, agiles, évolutives et sécurisées. Des technologies de stockage et de traitement de données de nouvelle génération seront indispensables.

    Indubitablement, les derniers progrès des systèmes hautement évolutifs, à faible latence, dotés de capacités analytiques avancées, servent les besoins fondamentaux des villes intelligentes. Lorsque ces capacités seront réunies dans le cadre d’une plate-forme, alors la création de villes intelligentes pourra véritablement s’accélérer.

     

  • Smarcity ou boîte de Pandore ?

    Villes intelligentes : cinq zones de sécurité à surveiller par les DSI

    Par  Christophe Auberger, Directeur Technique France chez Fortinet

    Grâce aux données des capteurs installés sur les routes et véhicules, les systèmes de navigation embarqués dans les voitures peuvent signaler les embouteillages, leurs durées; les caméras repèrent les déchets dans les lieux publics et demandent l’intervention d’équipes de nettoyage ; les lampadaires de rue s’autorèglent…

    Voilà quelques-uns des scénarios qui pourraient se généraliser avec le développement des villes intelligentes au cours des prochaines années. Poussées par une urbanisation croissante et alimentées par des technologies telles que l’Internet des objets (IoT) et l’analyse des données, les villes intelligentes sont sur le point de connaître une croissance exponentielle. Glasgow, Barcelone, Nice, New York, Londres et Singapour sont déjà engagées dans cette voie. D’après Navigant Research, le marché des technologies des villes intelligentes pourrait représenter 27,5 milliards de dollars annuels en 2023.

    Le secteur public est souvent à l’origine des initiatives de villes intelligentes. Cependant, celles-ci vont avoir un fort impact sur les entreprises. Les DSI vont devoir apprendre à exploiter les nouvelles infrastructures connectées de leur ville pour leurs activités. Les technologies des villes intelligentes, telles que l’IoT et les analyses des données vont sans doute donner lieu à des idées commerciales innovantes dans le futur.

    Mais la nouvelle vague de services et de technologies des villes intelligentes va probablement aussi créer de nouvelles vulnérabilités en matière de sécurité. Voici les CINQ zones à surveiller par les DSI.

    1. Davantage de fragmentation de l’IT

    Ces dernières années, nous avons assisté à une prolifération rapide des services cloud et à l’adoption des appareils mobiles au travail. Cette tendance a bouleversé la productivité de l’entreprise. Mais elle a également mis à mal le contrôle très rigoureux exercé jusqu’alors par les DSI sur leurs systèmes informatiques.

    Les DSI doivent désormais se faire à l’idée que les employés peuvent utiliser des services cloud non autorisés, via des téléphones non sécurisés, pour accéder aux serveurs de l’entreprise et aux données sensibles de l’entreprise. L’explosion attendue des appareils IoT — les chercheurs estiment qu’en 2020, le nombre d’appareils actifs connectés sans fil sera de plus de 40 milliards dans le monde — entraînera davantage de fragmentation de l’IT dans l’entreprise.

    Au lieu de s’engager dans une bataille perdue d’avance, les DSI doivent veiller à protéger les données. Ils doivent rechercher des appareils IoT capables d’offrir un chiffrement d’appareil à appareil ; envisager de mettre en place — et de renforcer — des systèmes de chiffrement complets afin de protéger les données stockées dans les réseaux, services cloud et terminaux.

    1. Vulnérabilités des appareils

    L’année dernière, des chercheurs en matière de sécurité ont trouvé des failles situées  dans les poupées Barbie connectées en Wi-Fi, les voitures Jeep Cherokee, les dispositifs de suivi d’activités physiques et autres appareils connectés dernier cri. FortiGuard Labs de Fortinet constate déjà des attaques ciblant les appareils IoT à travers le monde. Cela montre les risques inhérents au fait de connecter des jouets, dispositifs wearables, voitures et réseaux électriques à des capteurs reliés à un réseau commun et au Web.

    L’Internet des objets (IoT) va démultiplier les surfaces soumises aux attaques. Les pirates vont utiliser les appareils IoT comme tremplin pour des attaques de grande ampleur. Par exemple, les pirates profitent des vulnérabilités des appareils connectés grand public pour pénétrer dans les réseaux des entreprises et les matériels auxquels ils se connectent.

    Alors, comment les DSI peuvent-ils se protéger contre les risques des appareils connectés ? À défaut de pouvoir séparer physiquement ces appareils de tous les autres systèmes du réseau, ils peuvent envisager de déployer des systèmes de protection réseau. Les pare-feux de segmentation interne (ISFW), par exemple, peuvent limiter la prolifération des menaces à l’intérieur du réseau de l’entreprise. Ils doivent également employer une solution de sécurité réseau pour l’IoT capable de limiter l’exploitation de cette surface d’attaque croissante et vulnérable. Les fournisseurs d’IoT doivent renforcer leurs produits et avoir une équipe d’intervention en cas d’incidents relatif à la sécuritté des produits (Product Security Incident Response Team, PSIRT).

    1. Les passerelles IoT peuvent être exploitées

    Dans un déploiement IoT typique, la majorité des appareils sont et seront connectés en permanence. Contrairement aux téléphones mobiles et aux ordinateurs portables, ces appareils bénéficient d’une authentification unique pour des multiples sessions. Cela les rend particulièrement attractifs aux yeux des pirates souhaitant s’infiltrer dans les réseaux d’entreprise. Le renforcement de la sécurité des passerelles qui connectent les appareils IoT est donc indispensable. Les DSI doivent cartographier la localisation et les liaisons de ces passerelles — qui peuvent se trouver en interne ou en externe, et même être connectées aux fabricants des appareils IoT. Un solide plan de mises à jour avec des correctifs de sécurité doit également être établi sur ces passerelles comme sur les appareils IoT.

    1. Big data, plus de risques

    L’une des constantes dans le déploiement des villes intelligentes est que cela va générer plus de données, qu’il faudra traiter et stocker. Les dispositifs connectés vont générer d’énormes répertoires de données. Les entreprises qui adoptent le big data assisteront à un déluge encore plus impressionnant de données. Malheureusement, ces données constitueront également des cibles attractives pour les pirates. Pour protéger ces quantités de données associées à d’importants flux en entrée comme en sortie, les capacités en bande passante des dispositifs de sécurité seront primordiales. Et en matière d’analyse des données, il ne s’agira plus de traiter une simple série de données, mais de multiples répertoires de données qui devront pouvoir être combinés et analysés ensemble par différents groupes de personnes. Par exemple, les recherches d’un laboratoire pharmaceutique devront être accessibles aux employés, aux sous-traitants et aux stagiaires. Cela implique autant de droits d’accès et d’audit individuels.

    1. Une nouvelle boîte de Pandore

    De nouveaux vers, conçus pour les appareils IoT vont émerger — et ils pourraient faire encore plus de ravages étant donné la portée étendue des nouveaux réseaux convergents. Conficker est un exemple de ver qui s’est répandu sur les PC en 2008 et dont la présence persiste toujours en 2016. De la même manière, on peut s’attendre à ce qu’apparaissent des vers et virus capables de se propager d’appareil en appareil — notamment avec les appareils mobiles et le système d’exploitation Android. Les vers se répandront en exploitant les vulnérabilités d’une surface d’attaque mobile et IoT croissante. Le plus grand botnet constaté par FortiGuard Labs a atteint environ 15 millions de PC. Grâce à l’Internet des objets, celà pourrait facilement en atteindre plus de 50 millions si la propagation des vers sur IoT n’est pas correctement limitée. La gestion des correctifs et les inspections de sécurité basées sur les réseaux — notamment, les systèmes de prévention d’intrusion (IPS) — capables de bloquer les vers sur IoT sont incontournables.

     

     

     

  • Smart Cities : le rôle déterminant du Big Data dans les nouvelles transformations urbaines

    Quand le big data répond au défis urbains …

    L’engouement pour le concept de « ville intelligente » ainsi que la diversité des villes qui s’en sont emparées témoignent, au-delà d’un effet de mode, d’un renouveau du questionnement sur le devenir des villes. Ce qui motive ce renouveau et justifie l’émergence de la Smart City en tant que nouvel idéal urbain ? La concomitance et la rencontre de deux phénomènes planétaires.

    Le premier phénomène est la formidable accélération de la transition urbaine mondiale qui, de 54% en 2014, va porter la part de la population vivant dans des villes à 66% en 2050[1]. En 35 ans, les villes du globe vont devoir accueillir 2,5 milliards d’individus supplémentaires, une des conséquences étant la multiplication des mégapoles supérieures à 10 millions d’habitants. Alors qu’elles n’étaient que 3 en 1970 et 10 en 1990, on en compte 28 dans le monde à ce jour, chiffre qui devrait dépasser la quarantaine en 2030. Que cette dynamique soit à 90% le fait des pays émergents n’est pas pour autant synonyme d’absence d’enjeux urbains dans les pays riches ou anciennement urbanisés : les questions de mobilité, d’efficience énergétique, d’étalement urbain, de cohésion sociale et de qualité de vie s’y posent au contraire avec acuité, sinon à la même échelle que dans les villes géantes d’Asie et d’Afrique.

    Le second phénomène consiste en la généralisation et la pervasivité des technologies numériques. Bien au-delà de l’informatisation des villes initiée depuis des décennies, les technologies d’information et de communication (TIC) ouvrent aux acteurs historiques de la ville, mais aussi, et peut être surtout aux entreprises issues du secteur numérique, des perspectives inédites d’automatisation et d’interconnexion des systèmes, de modernisation des infrastructures et d’optimisation des flux, mais aussi de mobilisation des citoyens et d’évolution des modes de gouvernance. La démocratisation des TIC est en effet le moteur de la transformation digitale de nos sociétés qui se matérialise notamment par :

    ̶     la pénétration fulgurante du smartphone dans les usages du quotidien,

    ̶     le développement encore plus rapide des réseaux sociaux et, plus récemment, de la consommation collaborative,

    ̶     l’explosion de la consommation de services digitaux et son corolaire, une production exponentielle de données.

    L’idée centrale du concept de Smart City, et de toutes les démarches engagées par les villes qui s’en revendiquent, est la suivante : le numérique va, d’une manière ou d’une autre, permettre d’apporter des réponses plus intelligentes – plus ingénieuses, moins onéreuses, plus coordonnées… – aux nouveaux défis urbains auxquels toutes les villes du globe vont devoir faire face dans les prochaines décennies.

    DU CONCEPT À SA MATÉRIALISATION EN EUROPE

    La manière dont les villes d’Europe s’emparent du concept de « Smart City » et le déclinent est très éloignée de ce que donnent à voir des projets très médiatisés comme Masdar[2] ou Songdo[3], présentés par leurs promoteurs comme l’archétype de la ville intelligente. Construits de toutes pièces, ce sont à vrai dire plutôt des expérimentations à taille réelle des technologies les plus avancées plutôt que des lieux de vie. A la fois laboratoires et vitrines technologiques, ces opérations à l’état de l’art peinent cependant à acquérir le statut de ville. Aussi performantes et rationalisées soient-elles, il leur manque, notamment à nos yeux d’européens, l’épaisseur culturelle, la complexité et la diversité humaines des villes qui ont un passé.

    Aussi ne faut-il pas s’étonner que les villes du vieux continent choisissent d’autres voies, nettement moins spectaculaires : ayant une histoire, elles doivent se transformer et se réinventer en partant de l’existant spatial, social, politique et économique qui constitue leur identité. D’où, au-delà de la communication sur le thème de la Smart City, la démarche par projets qui caractérise  les 240 villes européennes « intelligentes » recensées dans l’étude publiée en 2014 par le Parlement de l’UE[4]. Ces villes ont en commun de mettre en œuvre un portefeuille de projets intégrant une composante TIC marquée et visant à répondre à un ou plusieurs des enjeux suivants :

    ̶     Citoyenneté – Information du citoyen, accès aux données et services de la ville.

    ̶     Qualité de vie –  Vie locale, vie des quartiers, cohésion sociale, diversité ethnique et culturelle.

    ̶     Mobilité et transport – Gestion du trafic, transport « doux », voiture et vélo en partage, réduction de la pollution, gestion de la multimodalité et du stationnement…

    ̶     Économie – Pépinière d’entreprises, incubateur, espaces de coworking, pôle de compétitivité, développement des TIC…

    ̶     Environnement et énergie – Bâtiments positifs, gestion et valorisation des déchets, maîtrise des consommations d’eau et d’énergie, développement des énergies renouvelables, circuits courts…

    ̶     Gouvernance – Démocratie participative/collaborative, vote électronique, open data.

    DEUX PHILOSOPHIES À (RÉ)CONCILIER

    Deux visions polarisent les démarches « Smart City » actuelles. La première est la vision technocentrée d’une ville peuplée de capteurs permettant de collecter toutes les données et de piloter l’ensemble des services urbains. Cette « quantified city », par analogie avec le mouvement du « quantified self », repose sur le monitoring continu des informations remontées par les capteurs. C’est le modèle en place à Rio de Janeiro où toutes les données relatives à la sécurité civile, à la météo, au trafic, etc… arrivent  dans une très spectaculaire « control room ». Honolulu, Malte et, plus près de nous, Nice avec son boulevard connecté expérimental, tendent vers ce modèle visant au pilotage en temps réel du bon fonctionnement et de la sécurité de la ville.

    La deuxième vision est collaborative et participative. S’adressant plus directement aux citoyens, elle met à leur disposition des données, des services et des applications leur permettant de s’impliquer dans la gestion quotidienne de la ville, de contribuer à ses projets, de développer de nouvelles pratiques, etc. Paris est probablement l’une des villes qui a le plus travaillé dans cette direction. Cela lui vaut, alors qu’elle ne s’affiche « Smart City » que depuis peu, d’être reconnue comme un laboratoire sur les usages de l’espace urbain et un écosystème particulièrement favorable aux start-ups et au développement de nouvelles pratiques collaboratives. La capitale autrichienne est également proche de ce modèle, avec une vision reposant sur l’innovation au service de l’inclusion sociale, dumaintien d’une société hétérogène et de la réduction des fossés socio-économiques.

    Selon nous, la Smart City n’a pas à choisir l’un ou l’autre de ces modèles. Elle doit les faire converger et apprendre à les conjuguer dans une approche où le numérique est un outil de transformation et de réinvention et non une fin en soi. Comme le rappelle Antoine Picon « la ville intelligente apparaît […] comme le fruit d’une dynamique qui n’est que partiellement technologique ». Il souligne néanmoins que,« inexorablement, les villes se transforment en systèmes d’information, une information souvent en temps réel.  Au sein de ces systèmes, les relations entre infrastructures physiques, offres de services et usagers se trouvent reconfigurées afin de parvenir à une meilleure réactivité et une plus grande souplesse d’usage.»[5]

    QUEL RÔLE ET QUELLE STRATÉGIE POUR LE BIG DATA DANS LA SMART CITY ?

    Pour que cette reconfiguration se produise et soit vertueuse, il faut collecter les gigantesques masses de données générées en continu par les capteurs, les services internes de la ville, les opérateurs urbains, les entreprises du territoire et les citoyens. Il faut aussi être en mesure de les centraliser, de les modéliser, de les mutualiser, de les mettre à la disposition de tous ceux – citoyens, entreprises, services de la ville – qui peuvent les exploiter à des fins de création de valeur au sens large.

    Compte tenu de la multiplicité des sources et des types de données, du nombre d’acteurs et des volumétries en jeu, une stratégie Big Data, pilotée par la ville elle-même, devient une condition sine qua non de la ville durablement intelligente. Cette stratégie consiste non seulement à doter le territoire d’une plate-forme technique de collecte et de traitement de grands volumes de données mais aussi à évaluer le potentiel des données existantes au regard des projets de la ville, à définir les conditions de leur interopérabilité, de leur mise à disposition et de leur utilisation par des tiers.

    En d’autres termes, il s’agit de définir une politique et une gouvernance des données dans un contexte où, si les données abondent, leurs propriétaires sont spontanément peu enclins à les partager. C’est pourtant fondamentalement de cette mise en commun des données, typiquement dans une logique d’open data, dont dépend la capacité des acteurs publics, privés et individuels à :

    ̶     mieux comprendre la ville, son fonctionnement, ses consommations et ses dysfonctionnements ;

    ̶     utiliser cette connaissance pour identifier de nouveaux besoins et inventer de nouveaux services, de nouveaux usages ;

    –      décloisonner les champs d’intervention de chacun pour apporter des réponses cohérentes et coordonnées dans l’espace et dans le temps.

    Aujourd’hui, deux stratégies Big Data semblent envisageables pour les Smart Cities : la maîtrise absolue des données ou l’interdépendance. Dans le premier cas, la ville, propriétaire des  infrastructures, exige d’en recevoir les données et pousse les acteurs en place au travers d’une approche « open data » qui devient un levier additionnel pour (re)gagner le contrôle de ses données. Dans le second cas, la ville et les opérateurs urbains créent un partenariat sur la base des données collectées par ces derniers.

    On pressent clairement des choix de stratégie essentiellement conditionnés par les moyens : maîtrise absolue des données pour les grandes villes et interdépendance pour les autres. La tentation est grande pour les communes de s’appuyer sur un Big Data qui couvre les moindres mouvements de chacun des citoyens afin de mieux piloter les flux d’énergie et de transport, prévenir et traiter les moindres incidents, et garantir la qualité de vie optimum du citoyen, etc. Cependant, comme dans beaucoup de domaines, la maîtrise absolue des données n’est pas une panacée :

    –        elle prive la ville de la concurrence entre opérateurs, inhibant par la même, leurs investissements et leur capacité d’innovation dans des domaines qui sont leur cœur de métier,

    –        elle transforme la ville en opérateur de données multi-domaines avec des investissements conséquents qui vont au-delà du bon fonctionnement de la ville,

    –        elle centralise la fonction d’innovation par les données au niveau de la ville dont ce n’est – et ne sera pas – le rôle.

    Une stratégie avisée de la ville sur le Big Data doit prendre en compte trois principes clés afin d’assurer le résultat optimal pour la ville :

    –        Le Big Data doit être au service des citoyens, il doit donc reposer sur des principes simples et partagés par tous ; il doit notamment être participatif, fédérateur et ne pas être intrusif, tout en garantissant la transparence via l’open data.  Concrètement cela signifie que le Big Data doit limiter son action à des thèmes qui intéressent directement le citoyen ou lui donner les moyens de répondre à ses demandes plutôt que d’analyser ses moindres faits et gestes.

    –        Il n’y a pas un Big Data de la Smart City mais plusieurs. La plupart des opérateurs urbains (utilities, transports…) ont déjà ou vont lancer des projets Big Data – la ville n’a pas à collecter les données de flux ex-nihilo mais doit s’appuyer sur ces opérateurs urbains. Cependant, avant cela, il est critique de maîtriser la maille d’information requise pour établir une collaboration réussie avec ces acteurs et exiger, lorsque c’est nécessaire, une amélioration des services. La ville peut aussi animer ces opérateurs dans une logique de partage des données et se doit avant tout de mettre en place une stratégie qui bénéficie à ses citoyens sans risque d’intrusion dans la vie privée.

    –        Le Big Data doit prendre en compte la temporalité des données et des actions associées : fluidifier la circulation ou prévenir des incidents ne reposent pas sur les mêmes données qu’anticiper le développement de la ville ou la qualité de vie des citoyens, il est par ailleurs peu probable que les corrélations entre ces données puissent cacher des secrets inestimables.

    Une stratégie «  Data Hall » pour une collectivité locale doit donc avant tout comprendre les critères du développement économique de la ville et ceux de la qualité de vie des citoyens – domaines dans lesquels les progrès de la Data Science[6] sont conséquents et qui devrait être le cœur de la politique de la ville. Au-delà de ce périmètre et notamment sur les problématiques plus opérationnelles et immédiates, il sera nécessaire de s’appuyer sur les acteurs historiques et technologiques mais aussi sur les citoyens, ce qui semble le meilleur moyen pour une collectivité locale de garantir d’une part, l’émergence de nouveaux services et d’autre part, la réactivité des services collectifs existants.

     

    A PROPOS DES AUTEURS

    Patrick Darmon a plus de 15 ans d’expérience dans le conseil en management, dont plus de la moitié dans le secteur de l’énergie. Il a à son actif un nombre important de projets de transformation auprès de grandes fonctions de l’entreprise (Stratégie, Marketing, Finance et DSI). Il est chargé de cours à l’Ecole Centrale Paris où il enseigne l’économie de l’énergie et l’économie de l’innovation. Il est membre de l’AIEE (Association of International Energy Economist) et est l’auteur d’un essai sur la croissance économique. Il est diplômé d’un BA en économie de l’Université Hébraïque de Jérusalem et d’un MBA de l’Université de Rochester, NY.

     

    Rémi Claudon, Senior Manager, dispose de 15 années d’expérience dont 12 dans le conseil. Il accompagne des entreprises de nombreux secteurs – énergéticiens, assurances, banque, télécoms, industries – dans la définition de leur stratégie et la mise en œuvre de leur projet de transformation sur les thématiques du digital, de l’exploitation de la donnée et du Big Data.