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  • REGTECH et FINTECH : panorama d’un secteur émergent associant technologie et réglementation

    L’étude Regtech (Sia Partners-AEC Fintech) dresse le panorama d’un secteur émergent associant technologie et réglementation

    Les Regtech, ces jeunes sociétés nourries aux nouvelles technologies, révolutionnent le secteur de la finance en permettant aux banques d’optimiser leur mise en conformité avec des réglementations sans cesse croissantes.

    Avec le développement du Cloud, du Big Data et de l’Intelligence Artificielle (IA), un sous-secteur de l’industrie technologique appliqué aux services financiers est apparu ces trois dernières années : la Regtech (Regulatory Technology). Combinant réglementation et technologie, ces nouvelles applications spécialisées dans la conformité ont pu émerger grâce à un secteur bancaire ayant à gérer de grandes quantités de données et à un régime réglementaire européen très strict.

    Mais alors que les sociétés Regtech se multiplient, apportant des solutions intéressantes pour les banques en matière réglementaire, peu d’études avaient jusqu’à présent été consacrées à ce secteur naissant. Associé à AEC Fintech, le cabinet conseil en management Sia Partners a mené une étude auprès de 80 sociétés européennes de Regtech afin de mieux comprendre leur modèle économique, les types d’innovations technologiques sur lesquelles elles s’appuient et les différents services qu’elles peuvent offrir à leurs clients bancaires.

    A noter qu’afin de compléter l’enquête, six entreprises européennes leaders dans le domaine de la technologie Regtech ont fait l’objet d’études de cas, basée sur des entretiens. Il s’agit de la suisse NetGuardians (lutte contre la criminalité financière), la britannique Eliptic (traçabilité des transactions Bitcoin), la luxembourgeoise KYC3.com (solutions de reporting) et les françaises FortiaFinancial Solutions (automatisation des processus de conformité), Neuroprofiler (solution d’évaluation de la conformité) et Scaled Risk (analyse et reporting).

    Le paysage du marché européen de la Regtech

    Les 80 entreprises européennes de Regtech analysées par l’étude couvrent huit sous-catégories correspondant à des enjeux de réglementation et de conformité cruciaux pour l’industrie bancaire : la gestion et le contrôle des identités, le reporting réglementaire, la gestion des risques, le suivi des transactions, la gestion de la conformité, le contrôle de la communication, la surveillance des marchés et les contrôles automatisés.

    1 / Gestion et contrôle de l’identité en temps réel et en continu

    Parmi les 80 entreprises Regtech étudiées, 27,2% se consacrent à la gestion et au contrôle des identités. Leurs solutions proposent de :

    –          créer des synergies à travers une base de données Blockchain partagée d’informations KYC (Know Your Customer : obligation pour les institutions financières de connaître leurs clients) entre les différentes filiales d’une même banque,

    –          identifier les profils biométriques comportementaux des utilisateurs en ligne,

    –          automatiser les contrôles KYC / AML (Anti-Money Laundering : lutte contre le blanchiment d’argent) en mettant en œuvre des API (interfaces de programmation applicative) pour relier les bases de données des organismes de contrôle aux bases de données des clients.

    A noter que 34,6% des entreprises de Regtech qui s’attaquent aux défis liés à la gestion et au contrôle de l’identité s’appuient sur des solutions basées sur l’IA

    2 / Aider les banques à respecter leurs obligations de reporting réglementaire

    L’autre type de Regtech le plus investi par les entreprises du secteur est la gestion du reportingréglementaire. Elles sont également 27,2% à présenter des solutions dans ce domaine et recourent pour cela essentiellement aux technologies Cloud (35,5%) et aux API (19,4%) permettant de :

    –          automatiser la production de rapports réglementaires

    –          soutenir et uniformiser la distribution transfrontalière des fonds d’investissement

    –          faciliter la supervision des sociétés financières par les autorités de régulation avec un portail de soumission de données sur le Web et une validation en temps réel.

    Près de la moitié de ces sociétés de Regtech (46,7%) se sont concentrées sur les clients de gestion d’actifs.

    3 / Une meilleure gestion des risques data

    Les sociétés de Regtech se concentrant sur de nouvelles façons de gérer les risques liés à la data (Risk Data Management, RDM) représentent 13,6% de l’échantillon étudié. Près de la moitié des RDM Regtechs (46,7%) s’appuient sur des solutions Big Data et ciblent principalement les clients Corporate & Investment Banking. La RDM porte aussi bien sur la gouvernance des données que sur leur suivi et leur protection, autant de tâches centralisées par un organe de supervision connecté à de nombreuses fonctions métier.

    4 / Gardez un œil sur vos transactions

    Le suivi des transactions est la quatrième problématique regroupant le plus de sociétés Regtech(11,1%). Pour assurer la surveillance des transactions, elles utilisent notamment les applications de la technologie Blockchain (36,4%) et l’IA/Machine Learning (27,3%). Elles offrent des solutions destinées à assurer le suivi de toutes les données clients en temps réel, l’identification des activités illicites et le contrôle des éléments d’identité physiques et numériques.

    5 / Une gestion de la conformité souple et automatisée

    L’étude Regtech met aussi l’accent sur un cinquième groupe de sociétés, celles spécialisées dans la « compliance management » (gestion de la conformité), à savoir tous les processus par lesquels les institutions financières s’assurent qu’un ensemble de personnes suit un ensemble de règles données. Là encore, l’IA/Machine Learning et les services Cloud (utilisé chacun par 37,5% des entreprises) sont les principales technologies mises à contribution. A noter qu’environ 30% des banques s’attendent à une plus grande implication des solutions Regtech en Compliance Management dans les années à venir.

    Levées de fonds européennes : le Top 10 des sociétés Regtech

    En tête du classement des montants levés en capital-risque, Fenergo (65,4 M€) a bénéficié de sa maturité et de l’étendue de ses solutions (KYC / AML, conformité fiscale, intégration client et gestion du cycle de vie). Suivent Onfido (49 M€), spécialisée dans la vérification d’identité et OpenGamma (32,7 M€), une société d’analyse experte dans la résolution des défis MiFID II (directive sur les marchés d’instruments financiers) sur les marchés dérivés. A noter en 5èmeposition, Behavox (17,4 M€), un outil de surveillance du marché alimenté par l’IA.

    M&A : un secteur déjà actif

    Quelques opérations de fusions & acquisitions de grande envergure ont eu lieu depuis 2015 sur le secteur de la Regtech européenne menées en majorité par de grands groupes américains : Dynatrace a ainsi jeté son dévolu sur le suisse Qumram (communication monitoring), Nasdaq sur le britannique Sybenetix (market surveillance) et Transunion sur l’irlandais Trusdev (transaction monitoring).

    A l’heure où les banques n’ont jamais consacré autant de ressources et de moyens financiers pour assurer la conformité aux risques, à la réglementation, à la connaissance du client et à la lutte contre le blanchiment d’argent, la Regtech peut offrir des solutions efficaces. Sans compter qu’à une époque où l’IA suscite de plus en plus d’inquiétudes et où les grandes entreprises brassent une masse considérable de données, la Regtech contribue à donner une image plus positive de ces nouvelles technologies notamment en termes de protection.

    Trois tendances à retenir

    1 / Les Regtech ont été à 86% créées après 2008, soit au moment de la crise financière et de la nouvelle ère de réglementations financières qui a suivi. Concentrées dans les pays d’Europe de l’Ouest, elles sont 47% à être implantées au Royaume-Uni.

    2 / L’Asset Management est le secteur d’activité bancaire le plus visé par les entreprises Regtech(28%). Suivent les fonctions supports des banques et le secteur du Corporate & Investment Banking.

    3 / Les technologies les plus utilisées par le secteur Regtech sont l’IA / Machine Learning (23% des entreprises de l’échantillon), le Cloud (19%) et le Big Data (19%).

  • Des FinTech aux RegTech

    Des FinTech aux RegTech


    Par Corinne Estève Diemunsch, Directrice Marketing et Communication, Limonetik

    Saviez-vous que les RegTech (Regulatory Technology) ont vu le jour il y a déjà quelques années ? Elles suivent ces cinq dernières années l’adoption de nouveaux textes réglementaires aux Etats-Unis comme en Europe : Fiduciary Rule, Dodd-Franck Act, CAT, MiFID I et II, PSD1 et 2. Autant de cigles abstraits, que de possibilités d’exploitation pour ce nouveau marché des RegTech.

    Des solutions technologiques innovantes sont proposées aux acteurs financiers pour – au-delà du respect à moindre coût de ces réglementations, ou au contraire de l’optimisation des vides réglementaires laissés – améliorer le pilotage des risques et la gestion de l’activité financière. Attention, ne vous méprenez pas, il ne s’agit plus d’un vocable n’intéressant que les responsables juridiques ou les geeks ; près d’une société sur cinq a déjà implémenté une solution RegTech.

    La pression réglementaire soutenue incite les sociétés financières à souscrire aux services de RegTech pour standardiser leur processus de conformité.

    REGTech versus FINTech : entre réglementation et innovation technologique

    FinTech, LegalTech, RegTech… sont complémentaires et flirtent parfois les unes avec les autres. Pour faire simple, si les premières correspondent à des offres technologiques relatives à l’industrie de la finance et du paiement, les secondes ont pour objectif de fournir des outils juridiques pour alléger la charge administrative des entreprises ; par exemple en matière d’édition de contrats, de signature électronique, etc. Les RegTech ont quant à elles, pour finalité de gérer tous les aspects réglementaires financiers, du calcul des ratios à la remise des rapports financiers en passant par la conformité des modèles de risque interne et les KYC (Know your Customer). Leur vocation est d’aider les entreprises à adapter leurs outils et leurs processus aux règles juridiques et aux juridictions.

    Finance, Règlementation et Technologies s’entremêlent toujours plus étroitement ! Cette année encore Money2020 a mis à l’honneur les effets d’opportunités des nouvelles technologies, pour la croissance exponentielle des créations de RegTech. Quésako ?

    RegTech, une application de Data Analytics, ou encore mieux d’Intelligence Artificielle ?

    Quand on parle de RegTech, on peut – à tort – comprendre qu’il s’agit essentiellement d’une application de Data Analytics ou de processus agiles pour les organisations financières… Pourquoi s’y intéresser ? Après tout, il existe pléthore de solutions sur le marché ! Détrompez-vous, Mademoiselle RegTech à l’instar de sa sœur, FinTech, est une science en permanente évolution ; tout comme la réglementation à laquelle elle doit s’adapter. Il serait insensé de croire que les RegTech n’adressent d’ailleurs que le réglementaire ; elles répondent à de nouveaux défis technologiques dans le domaine du traitement des données structurées et non structurées et ouvrent de nombreux domaines d’application comme l’usage de la biométrie pour l’identification individuelle, la blockchain pour la vérification de l’identité numérique, la cryptographie pour la sécurité des données.

    Aux États-Unis et au Royaume-Uni, KPMG annonce que le secteur aurait attiré quelque 219 millions de dollars d’investissements au premier trimestre 2017, pour y développer les usages de la blockchain.

    De son côté, le Machine Learning correspond au « nec plus ultra » ces derniers temps. Les RegTech s’essaient donc aussi à l’Intelligence Artificielle. Un acteur devenu majeur dans ce secteur, Trulioo, confirme les progrès générés en matière d’enrôlement client. Notamment, pour les processus de vérification des KYC et AML (lutte contre la fraude et le blanchiment d’argent). L’automatisation de l’apprentissage et de la reconnaissance des faux, couplée avec l’analyse des données non structurées, permettent d’accélérer la sélection des données pertinentes.

    Une nouvelle manière de lutter contre les fraudes à l’échelle globale

    Ne croyez pas que le boom des RegTech soit un phénomène localisé ; toutes les places financières voient arriver ces startups d’un nouveau genre. Comme pour Trulioo, les données collectées sont internationales, pour une vérification maximale et une lutte optimale. Contrairement au traitement « plume et goudron », les RegTech viennent chatouiller la voute plantaire du blanchiment d’argent telle la plume d’oie utilisée pour torturer les présumés coupables.

    L’effervescence liée à l’ouverture des marchés, à la globalisation, n’est pas innocente dans l’essor des RegTech. Elles bénéficient d’un environnement idéal mais dangereux. Plus les entreprises évoluent dans des milieux concurrentiels et légaux, plus elles doivent maîtriser leurs risques. Et ainsi mettre en place des structures flexibles leur permettant d’obtenir une vision complète de l’ensemble de leurs données, des risques auxquels elles sont exposées, et de leur marge de progression pour être en conformité. C’est là les beautés des RegTech dont le rôle est d’aider à l’identification des points de vigilance, faciliter le respect des normes et limiter les risques de pénalité. La mise en conformité est devenue stratégique et incontournable. La startup new-yorkaise 8of9 suit ce parti pris en se présentant comme une solution apportant de l’ordre dans le chaos.

    L’année dernière, le scandale des faux comptes de Wells Fargo a alimenté le débat autour du recours nécessaire aux RegTech pour les grands établissements financiers. D’autant que cette année encore, la banque n’est toujours pas capable de montrer les améliorations mises en place au Comité chargé des Banques et des Finances du Sénat américain. Cela apporte de l’eau au moulin des RegTech.

    Si leur montée en force s’explique par une large palette de services couverts, certaines vont même jusqu’à y voir des potentiels d’upsell… Pas folles, malgré le contre-exemple de Wells Fargo, nombreuses sont les directions de banques qui auraient été séduites par les beautés de la RegTech dès son apparition.