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  • Entretien exclusif : Kevin Kelly, cofondateur de Wired, visionnaire, philosophe…sur le futur de l’humanité

    Quel sera le futur de l’humanité ? 

    Intervenant à USI, l’évènement organisé par Octo Technology, le 19 juin à Paris , Kevin Kelly, co-fondateur de Wired, est venu évoquer le futur de l’Intelligence artificielle et la fusion de l’homme avec la machine pour donner naissance à une nouvelle humanité.
    Rencontre avec un visionnaire. Attention, parfois ça va un peu loin…

    Dire de Kevin Kelly qu’il est un touche à tout serait un peu cliché. Toutefois, notre homme a non seulement une vie bien remplie, mais aussi une trajectoire impressionnante : voyageur et photographe, cofondateur de Wired le magazine culte des nerds, fondateur d’une « religion » nerd. Il est aussi à la tête de diverses associations pour préserver la diversité de l’écosystème et créateur de Cool tools, sorte de site dédié à la recension de tous les outils et gadgets existants. Dilettant éclairé, mystique un peu barré, solutionniste avéré, positiviste métaphysique, Kevin Kelly est un peu de tout cela. il a aussi été le conseiller pour le film Minority Report issu du roman éponyme de Philippe K. Dick. Mai Kevin Kelly est surtout un orateur fascinant et un interlocuteur de choix pour évoquer non seulement l’intelligence artificielle, mais aussi l’avenir de l’humanité à l’aune de l’évolution technologique.

    Pour résumer son intervention, l’IA sera partout, vraiment partout, et donnera naissance à de nouvelles modalités d’existence pour l’humanité en attendant la fusion, inéluctable, entre l’homme et la machine.

    Wired est le magazine culte de la culture « nerd » et sans aucun doute le magazine qui a contribué à l’émergence d’une certaine forme de positivisme technologique. Quel est l’héritage de Wired aujourd’hui ?

    Je pense qu’il y a deux choses. La première, difficile à évaluer aujourd’hui, est que « Wired a rendu les nerds cool ». Je le sais parce qu’avant que Wired n’existe, personne ne voulait s’identifier à un nerd. Les nerds étaient considérés comme des marginaux. Wired a mis les nerds en avant et du jour où, comme Bill Gates, ils sont devenus riches, ils sont devenus « cool ». Ensuite, Wired a contribué à donner une vision très optimiste du futur. À cette époque, les progrès technologiques et ses conséquences sociales étaient surtout évoqués avec une vision négative. Pour nous, la techno c’était génial, cela allait changer le monde et le rendre meilleur. Beaucoup de personnes partageaient notre point de vue, mais elles ne pouvaient pas l’exprimer. Wired a donné une voix à ces personnes, leur a donné la permission d’avoir une vision positive de la technologie et de ses bénéfices. Cet optimisme était la baseline de Wired.

    Nous sommes en 2017, Wired a quasiment un quart de siècle. Ce magazine n’est-il pas frappé d’une sorte d’obsolescence alors que la technologie triomphe ?

    C’est possible. Quand je dirigeais Wired, nous nous considérions comme un vaisseau pirate, nous attaquions les positions établies en disant qu’il y avait une révolution en cours. Au fil du temps et de la précession de la technologie dans notre économie, Wired est devenu un vaisseau amiral, une autorité, en donnant l’estampille de ce qui est cool ou non. Fatalement, vous n’avez pas la même acuité sur ce qui constitue un bouleversement ou non, ce qui est révolutionnaire ou non. Si vous pensez que le rôle de Wired est d’être disruptif, il ne fait plus le job. Si pour vous le rôle de Wired est de donner son imprimatur ? et son approbation, alors il le fait.

    Durant votre intervention vous avez évoqué les nombreuses formes d’intelligence humaine et surtout notre méconnaissance de celle-ci, d’où la difficulté à la répliquer en utilisant l’intelligence artificielle. Toutefois, vous n’avez pas fait mention de l’évolution de l’IA à l’aune des ordinateurs quantiques. Or nous savons maintenant que notre cerveau fonctionne selon des modalités quantiques. Pensez-vous que les progrès de ces machines contribueront à faire évoluer l’IA ?

    C’est vrai qu’il y a de nombreuses théories sur ce thème, dont celle de Penrose et Hameroff sur la conscience quantique. Je n’ai pas d’opinion et je ne sais pas si cela fait une différence. Vrai ou pas, il y a toutefois une vraie différence entre les formes d’intelligence issues d’un tissu humain humide et la sécheresse du silicone. Je ne crois pas que ce soit la même chose, il y a une vraie différence dans le calcul en temps réel fait par l’un et par l’autre. Nous ne sommes pas encore très au clair sur ce à quoi serviront les ordinateurs quantiques et leur objectif final. Ma conviction est que ceux sont des machines très puissantes, mais dédié à un problème particulier.

    Dans un essai, vous avez développé la fondation d’une « théologie nerd ». Selon vous, les nerds ou geeks sont, inconsciemment, à l’origine d’une nouvelle spiritualité issue de leur relation avec l’univers de la machine, du code et surtout des réseaux et de l’intelligence artificielle. En donnant naissance à de nouvelles formes de vie, le nerd est un nouveau Dieu. Votre message fait-il des adeptes ?

    Il y a un potentiel pour une nouvelle théologie, mais je n’ai pas preuve de l’émergence de cette théologie nerd au-delà de moi. Je suis seul dans mon église. J’ai réellement vu des milliers de personnes, très intéressées par l’aspect moral et éthique de l’IA et elles font un travail formidable sur ces aspects. Il y a une dimension spirituelle qui peut donner naissance à une nouvelle théologie. Nous vivons avec l’IA et l’émergence de la conscience dans l’IA à venir créera un grand moment théologique, mais cela n’arrivera pas avant des décennies. Je n’ai pas de preuves, mais la conviction que cela arrivera.

    Vous évoquez en permanence l’émergence de la conscience dans l’Intelligence artificielle. Dans cette vision anthropocentrique de l’IA, quelle différence faites-vous entre l’IA et l’humain ?

    La conscience est un concept délicat, car nous n’avons pas de preuves de son existence en dehors de sa dimension humaine. Avec le développement de multiples IA nous aurons un vocabulaire plus étendu pour définir ce qu’est la conscience. Ce faisant, nous serons à même d’établir une sorte de graduation de types de conscience tout en établissant un continuum. Nous verrons alors qu’elle est composée de multiples composantes avec différents types de conscience. Il est difficile de catégoriser la conscience, mais ce ne sera bientôt plus le cas. Aujourd’hui cela n’est pas possible parce que nous n’avons qu’un seul exemple, le nôtre. Quand nous arriverons à faire la distinction entre toutes ces consciences, alors nous pourrons dire ce qui différencie l’humain et l’IA. À ce jour nous sommes trop ignorants sur cette question.

    Pour continuer sur l’IA, vous avez évoqué un réseau d’IA. Et en restant dans la dimension métaphysique, pourrions-nous faire un parallèle entre la notion de synchronicité entendue comme une sorte de méta-réseau humain, une sorte de cloud des consciences de l’humanité et ce que l’on tente de réaliser avec l’IA ?

    Votre intuition est correcte et je pense absolument comme vous. Mais je n’ai aucun insight sur ce qui arrivera le jour où ce sera le cas. Je pense que nous aurons des surprises. Par ailleurs, nous sommes sur le chemin pour connecter tous les humains et tous les IA et les fédérer en une seule machine, une sorte de super organisme. C’est une évidence. Mais ce jour-là, de nombreuses choses inattendues arriveront.

    Dont la fusion entre l’homme et la machine, inspirée par la science-fiction et les adeptes du transhumanisme ?

    Cela arrivera bien sûr. Là aussi c’est une évidence et cela donner naissance à une nouvelle catégorie d’humains. Il y aura des « Amish », qui ne voudront jamais fusionner avec la machine et d’autres catégories d’humains. En fait, nous allons vers la création de nouvelles espèces d’humains, certains qui resteront à l’état « naturel », et d’autres qui voudront réellement fusionner avec elle et poursuivre leur rêve de fusion. Il y a de multiples options et cela donnera naissance à de multiples conflits. Les enfants d’Amish désireux de vouloir fusionner avec la machine, seront-ils autorisés à le faire ? Il y aura de nombreux problèmes sociaux qui naîtront de ces situations. Pour moi il est assez clair que nous allons multiplier les options.

    Vous avez publié il y a quelques années un livre recensant de nombreux outils. Aujourd’hui un site, baptisé « Cool tools », sur le même sujet. Vous semblez avoir une véritable obsession pour les outils ?

    Absolument. Les outils dirigent la science. Archimède a dit « donnez-moi un levier et je soulève le monde. » Les outils vous donnent un énorme pouvoir de changer le monde. Souvent, un outil existe et peut améliorer la vie de quelqu’un, mais, faute de le connaître cette personne n’en a pas conscience. C’est pour cela que je suis vraiment intéressé par l’expansion de Cool tools. Même si vous ne possédez pas l’outil, le seul fait de savoir qu’il existe peut donner l’idée d’une solution que vous n’auriez jamais eue avant. Le concept, l’idée d’un outil peut être très puissante. Les outils sont des leviers accessibles à tout le monde pour réaliser quelque chose de remarquable. Aujourd’hui ils sont nombreux, moins chers, variés et il y a tant de possibilités offertes… reste le problème de la connaissance de ces outils, il y en a tant. Mon rôle est donner un accès aussi facile que possible à cette connaissance.

    Si on poursuit dans la veine de l’IA, les outils peuvent-ils avoir une conscience ?

    Les esclaves étaient des outils et utilisés comme tels. Pour beaucoup ce n’étaient pas des humains. La question est, traiterons-nous les robots comme des esclaves ? Je ne sais pas encore. IL est possible qu’au fur et mesure qu’ils gagneront en conscience nous pourrons changer notre relation avec eux. Nous pouvons décider de les utiliser comme des outils, le resteront-ils ? Je ne sais pas.

    Le progrès accélère de manière exponentielle. L’écart entre le progrès et ce que nous pouvons absorber en termes d’éthique, d’usages, de régulation n’est-il pas trop grand ?

    Pour la première fois dans l’histoire, avec l’IA, nous explorons une technologie et ses possibles conséquences avant qu’elle n’advienne. Je n’ai pas d’autres exemples. Nous ne l’avons pas fait avec le téléphone ou le plastique. Penser avant une chose avant son existence est sans doute la marque que nous changeons d’époque et que nous entrons dans une nouvelle ère historique. Si vous prenez CRISP-R, difficile de ne pas se référer aux écrits apocalyptiques de science-fiction. Toutefois, je pense que nous avons tort de mettre toutes ces préventions. Certes il faut encadrer le progrès, c’est vital, mais réguler trop tôt est un désastre. Nous devons laisser les choses advenir et agir au regard de ce qu’il se passe. Nous devons être plus à l’aise avec l’absence de régulation, qui peut tourner à notre désavantage.

    Vos propos affichent des similarités avec le mouvement transhumaniste. Adhérez-vous à cette idéologie ?

     Je suis un transhumaniste dans un certain sens. Je crois que de nouvelles formes d’humanités vont advenir. Mais je ne suis pas dans ce mouvement de la singularité porté par Rau Kurzweil. La singulaire est un mythe. Un mythe utile, mais je ne crois pas que cela soit vrai. À bien des égards la singularité est contreproductive. Je suis un transhumaniste soft, pas un radical.

    Propos recueillis par Fabrice Frossard, Journaliste

    A lire : « The Inevitable » : understanding the 12 technological forces that will shape our future.

    En savoir plus sur le blog USI 

  • Digital et sénior : le binôme gagnant pour la fidélisation !

    Quand les séniors se transforment en geek !

    Laurent Olagnon – Co-Fondateur LEOO

    Contrairement aux idées reçues, s’agissant du digital, les seniors ne sont pas en retard ! S’ils optent davantage pour des postes fixes plutôt que mobiles (Smartphone, tablette), ils sont nombreux, dans l’hexagone, à passer plus de 13 heuresà surfer sur la toile* soit 1 heure de plus que leurs cadets ! En effet, ces anciens actifs maîtrisent l’informatique et s’en servent pour faire des repérages et des économies pour faire face à la baisse de leur pouvoir d’achat.

    Que fait le senior sur Internet ?

    Soucieux de bien vieillir, les seniors sont friands d’informations et de services qui les aident à gérer leur mobilité et leur santé.
    Un sexagénaire sur quatre est présent sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter…), soit une augmentation de 100% depuis 2010 ! Ils sont ainsi séduits par l’aspect communautaire d’internet. 69% d’entre eux sont en quête des informations sur les produits et la moitié compare les prix et prend connaissance des commentaires des consommateurs pour arrêter leur choix. Cependant, les courses « classiques » sont toujours autant plébiscitées. Deux raisons à cela : d’une part, plus d’un senior sur deux préfère acheter en magasin, ce qui lui permet de voir, d’essayer les produits mais aussi de pouvoir être conseillé par un vendeur. D’autre part, 20% se méfie encore des paiements en ligne*…

    Comment consomme-t-il ?

    Si les seniors sont des acheteurs pragmatiques, motivés en premier lieu par le prix, la qualité et la fonctionnalité des produits, ils se distinguent des plus jeunes par leur souci de consommer de façon responsable – lié à une prise de conscience écologique – et sont, moins sensibles à l’apparence ou à la marque que leurs cadets.

    La crise ne modifie pas les fondamentaux de la relation client, elle modifie les modes de consommation. En ce sens, les seniors ne sont pas fermés aux nouveaux modes de consommation, très en vogue chez les plus jeunes : co-voiturage, troc,… d’autant plus que la consommation collaborative leur permet de lier des relations humaines, ce à quoi ils sont particulièrement attachés. S’ils sont intéressés par les services entre particuliers, le partage d’appartement reste une pratique peu répandue chez les seniors qui semblent, davantage que leurs cadets, attachés à la préservation de leur intimité.

    Les seniors sont donc une cible facile à capter pour les marketeurs : connectés, en recherche d’économie et d’attentions, l’enjeu est donc de fidéliser ce pivot générationnel ! La silver économie devient donc incontournable !

    Le senior : une cible de choix en termes de fidélisation !

    Observons maintenant ce qu’il se passe en termes de relation client de façon transectorielle : les seniors demandent une qualité du contact, une réponse au besoin et si possible, la qualité immédiate. Ils souhaitent également de la réactivité, de la qualité dans le traitement des réclamations ainsi que se sentir important.

    La promesse doit être tenue lors de l’utilisation d’une offre d’un programme relationnel. L’impératif est donc de tenir les promesses affichées par la marque. Au sein d’un programme de fidélisation ou relationnel, la problématique est identique.

    Cas pratique : exemple d’un programme de fidélisation

    Prenons l’exemple d’un club senior d’un groupe de presse, projet relationnel des abonnés d’un magazine qui récompense leur fidélité au travers d’une plateforme dédiée à la recherche de « Bons Plans ». Il est structuré autour de 3 statuts (Bronze, Argent, Or). L’approche de la cible a due se faire au travers d’un marketing relationnel unique afin d’optimiser au mieux la fidélisation. A donc été définie une approche personnalisée afin de créer un lien fort et structurant. Le sentiment de reconnaissance est stratégique car l’ingrédient essentiel pour un abonné senior est la valorisation de l’ancienneté de son abonnement.

    Ce lien affinitaire a pour objectif d’apporter une expérience supplémentaire dans la relation avec les abonnés. Fait inédit, certains abonnés optent pour la première fois pour un règlement par carte bancaire, alors qu’ils n’en ont pas l’habitude. Ce type de comportement vient confirmer le sentiment de sécurité que le Club apporte. Cela valide également la mécanique relationnelle mise en œuvre.

    La cible est également très appétente aux offres fonctionnelles du Club qui est animé par un programme de pushs personnalisés selon une approche multicanale (email 2 fois mois, Enews 2 bimensuelle, double-page mensuelle, centre d’appel à une fréquence définie et chartée aux couleurs du média).

    Dans un contexte où le pouvoir d’achat est la principale préoccupation, le club offre à cette communauté l’assurance d’obtenir les meilleurs prix dans des domaines de consommation de leur choix, avec la garantie d’une logistique et d’un SAV 100% satisfaction. Pour les seniors, l’image de qualité perçue pèse tout autant que la qualité réelle, dans l’attachement à la marque.

    L’opération menée par ce média est un exemple fort des actions marketing qui peuvent être mises en œuvre auprès d’une cible dont la base s’élargit de jour en jour. Les seniors sont accessibles et réceptifs aux propositions de services et d’accompagnement que leur soumettent les entreprises. Un bon plan marketing ne peut désormais plus faire l’économie d’une réflexion autour de cette cible.