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  • Metaverse, Crypto, NFT : le monde de demain ?

    Cryptomonnaies et NFT : une légitimité qui reste à construire chez les Français

    Enquête Ifop pour Cointribune

    Un an après la première enquête publiée en février 2021, cette nouvelle étude confiée à l’Ifop par Cointribune montre une très forte progression de la notoriété des cryptomonnaies chez les Français qui sont aujourd’hui plus de 8 sur 10 à en avoir déjà entendu parler. Notoriété que sont encore loin d’avoir les NFT, bien plus récents et qui concernent particulièrement pour l’heure un public jeune, voire très jeune.

    Les NFT défraient la chronique ces dernières semaines, qu’il s’agisse de l’achat par le Neymar (et de beaucoup de célébrités avant lui) de 2 NFT de la série des « singes blasés » pour 1,1 million d’euros ou encore de la tentative d’un chirurgien de vendre, sous forme de NFT là aussi, la radiographie d’une victime de l’attentat du Bataclan.

    Face à ce phénomène qui n’est pas sans rappeler les débuts du Bitcoin voire d’internet selon certains, Cointribune.coma interrogé plus de 2 000 personnes sur le sujet : l’étude montre notamment que si nos compatriotes ont massivement entendu parler des cryptomonnaies, Bitcoin en tête, les NFT restent l’apanage d’un public jeune et initié (pour l’instant ?) …

    Les chiffres clés 

    • 82% des Français ont entendu parler des cryptomonnaies alors qu’ils n’étaient que 52% en février 2021 ;
    • Les NFT ne sont arrivés aux oreilles que d’1 Français sur 4 (25%) et seulement 8% savent précisément de quoi il s’agit ;
    • 40% des 18-34 ans qui connaissent les cryptomonnaies ont investi dans ces actifs numériques ou seraient prêts à le faire contre 18% des plus de 35 ans ;
    • Près de la moitié (49%) des jeunes de 18 à 24 ans pourraient acheter un objet numérique sous forme de NFT contre seulement 8% des plus de 65 ans,
    • Chez les connaisseurs des cryptomonnaies, ils sont 41% à voir la valeur du marché augmenter et 16% à penser qu’elle baissera.
    • 22% des Français seraient prêts à régler des achats en ligne et 15% à être payés en Bitcoin,
    • 36% des Français estiment que les mondes virtuels prendront l’avantage sur le monde réel dans les prochaines années.

    Ce que les français sont prêts à acheter en NFT 

    Près de la moitié (49%) des 18-24 ans se disent prêts à acheter un objet numérique en NFT contre 27% pour l’ensemble des Français et seulement 8% chez les plus de 65 ans.
    Les œuvres d’art numériques et le contenu additionnel pour jeux vidéo sont les deux produits les plus susceptibles d’être achetés sous cette forme. Si elle séduit moins, la perspective d’acquérir le tweet d’une personnalité publique sous forme de NFT est toutefois envisagée par près d’un jeune sur 4 (23%).

    Les perspectives des cryptomonnaies et des NFT 

    Quand on interroge enfin les connaisseurs des cryptomonnaies et des NFT sur l’évolution du marché des actifs numériques, on constate qu’un potentiel gain de valeur plus important est accordé aux NFT dans les 3 prochaines années : plus de la moitié des personnes consultées (57%) voient le marché des NFT être supérieur à ce qu’il est aujourd’hui quand 41% ont le même sentiment vis-à-vis des monnaies numériques.

    L’étude complète est à retrouver ici 

  • Quand le digital et la blockchain oeuvrent pour les réfugiés

    Grand Prix 2017 Netexplo à Amin Rafiee, fondateur de
    Bitnation Refugee Emergency Response

    Le Grand Prix 2017, élu parmi les 10 lauréats par les experts internationaux de Netexplo Observatory et le public rassemblé à l’Unesco pour  la 10ème  édition du Forum, a été remis à Amin Rafiee, fondateur de  Bitnation Refugee Emergency Response, une initiative humanitaire développée par BitNation pour offrir aux réfugiés une citoyenneté dématérialisée et une identité officielle grâce à la Blockchain. Les réfugiés peuvent ainsi obtenir une identité officielle en forme de code QR, validée par les membres de leur famille pour créer un « Web of trust ». Ils peuvent également obtenir une carte de paiement en Bitcoin qui ne nécessite pas de compte bancaire.

    Chaque année,  Netexplo distingue 10 lauréats parmi les innovations numériques  les plus prometteuses. Bitnation Refugee Emergency Response a été élu parmi les 2000 projets repérés par les experts et enseignants du réseau académique international de Netexplo Observatory.

    « Cette année encore, les deux jours de Forum ont été l’occasion de partager une année d’observation de l’innovation mondiale, et de découvrir sur scène les 10 initiatives digitales les plus prometteuses de l’année, et les tendances du monde numérique de demain. Nous sommes ravis que le choix du public et des experts internationaux se soit porté sur Bitnation Refugee Emergency Response, un projet qui s’inscrit dans la solidarité avec les réfugiés du monde entier en associant un des sujets les plus prometteurs du digital : la Blockchain. » Thierry Happe, co-fondateur de Netexplo Observatory.

    Bitnation RER s’inscrit dans Human Focus, l’une des trois tendances de l’innovation mondiale décryptées par Netexplo Observatory dans son Trend Report 2017, intitulé « Artificial Alternatives » : Human Focus, ou comment le digital accompagne, protège, surveille, redresse et développe les capacités des individus. La technologie n’est plus un outil, mais une partie prenante de notre expérience, de notre environnement, de notre identité et de nous-mêmes.

  • Quand le concept de la BlockChain, nous interroge sur l’avenir…

    Quelle confidentialité des données après la BlockChain ?

    Par Robert BENTZ – Directeur adjoint de FWA

    Pour faire simple, la BlockChain est l’architecture logicielle qui sous-tend le Bitcoin. Il devient assez simple de penser ce que l’on veut du Bitcoin, mais il est indéniable que personne n’a rien entendu sur la sécurité des échanges et des archivages des opérations pour cette monnaie numérique. Plus étrange le Bitcoin, avec cette architecture BlockChain, se supporte tout seul sans banque, sans serveurs hyper sécurisés localisés sans vraiment connaître l’emplacement. La BlockChain n’a pas besoin de serveurs pour exister. Les informations sont stockées sur l’ensemble des ordinateurs des « abonnés », les « mineurs».
    Le système quant à lui consiste à hyper crypter l’information, qui sera stockée par fragments sur les machines distinctes, sous forme de chaîne de blocks. L’abonné peut même être rémunéré pour l’espace qu’il met à disposition des échanges. La sécurité vient de l’atomisation de l’information, qui est aussi cryptée et qui est gérée dans une « chaine de blocs » qui évolue tout le temps, avec les échanges des abonnés. Hacker une information mouvante est quasiment impossible. J’aime beaucoup aussi, la théorie des « généraux byzantins » pour expliquer l’infaillibilité des échanges.

    La BlockChain peut être utilisée pour de nombreuses applications sécurisées, les échanges monétaires bien sûr, mais aussi des applications de type contractuelles (contrats types) avec la traçabilité de la validation (covoiturage, logistique, smart contrats, ..), notarisation de documents au niveau mondial (Valeur probante), le cadastre pour l’obtention d’informations, voire pour l’achat de parcelles (en Afrique), plus généralement, le stockage d’informations sensibles avec la traçabilité des consultations et sécurité des accès. Les hackers n’ont pas un serveur à attaquer, mais des milliers de PCs’ qui ne stockent que des fragments d’informations dont la reconstitution est quasiment impossible. Mais alors ! A quoi vont servir tous nos serveurs, nos tiers de confiance ? Le stockage dans le Cloud ? Sécurisé ou non. Voilà l’objet de mon angoisse depuis quelques semaines. Si les Microsoft avec Azure, Amazon avec son AWS, et tous les autres n’ont plus de clients pour acheter leur espace disque et leur puissance de calcul, c’est toute l’économie du Cloud qui va s’écrouler.

    Mais alors pourquoi les grands acteurs du stockage s’intéressent à la BlockChain : Orange en France La Banque Santander en Espagne, et aussi Microsoft Azure ? Y aurait-il un piège ? Ils s’y intéressent car ils ne veulent pas se faire « uberiser », comme les taxis l’ont été. Ces acteurs veulent intégrer ces nouvelles possibilités dans leur cœur de métier.

    L’idée maîtresse est d’utiliser la Blockchain pour la validation des transactions (échanges, requêtes, contrats, etc.) et garder la partie stockage dans le Cloud. Il est vrai que les enjeux du Bitcoin, qui ne gère que de la donnée numérique quantitative peut être satisfait au travers des espaces disques disponibles chez les abonnés (mineurs). Mais pour la gestion d’une masse plus importante de documents ou d’informations volumineuses, il n’est plus pertinent d’embarquer dans la chaîne de blocs ces éléments « polluants » en termes de performance. Alors l’on en revient au stockage classique dans le Cloud. C’est l’objet même de l’initiative Microsoft Azure avec Storj. Ainsi les acteurs du Cloud s’investissent dans la BlockChain. Mais qui peut en payer le prix ? Principalement les tiers de confiance, que la BlockChain va permettre de remplacer.

    A ce jour, nous n’en sommes qu’au début de l’histoire de l’utilisation de la BlockChain. Toute entreprise raisonnable doit aujourd’hui s’y intéresser, car les conséquences en lien avec le métier peuvent être importantes. Si de grands acteurs du numérique s’investissent autant sur ce sujet, c’est qu’il y a de belles opportunités à venir !

  • La Blockchain : la nécessaire alliance des marchés pour standardiser les protocoles

    A la recherche d’un protocole commun

    Par Lui Smyth, Head of Blockchain Research & Ecosystem Engagement chez EdgeVerve R&D Lab at Infosys et Fuat Bozkurt, Principal Solution Consultant chez Finacle at Infosys France

    Réduire la durée et les coûts des transactions financières

    La Blockchain est la technologie de transmission d’informations qui promet, dans les années à venir, une révolution des transactions financières au niveau mondial. Depuis 2009, la monnaie virtuelle bitcoin a fait rentrer la blockchain dans le vocabulaire commun, promettant un impact global, similaire à l’arrivée d’Internet dans les années 1990. Par son instantanéité, la Blockchain permet de réduire la durée et les coûts des transactions financières.
    Nul besoin de mise en place de plusieurs plateformes complexes et non-interopérables. Il subsiste néanmoins des avancées à concrétiser et des interrogations à résoudre avant que cette technologie ne s’impose comme une évidence pour de nombreux domaines. En première ligne, le secteur de la finance et les banques, qui cherchent à comprendre cette technologie.

    Une plateforme d’échanges 

    L’architecture de la Blockchain, comparable à un système de partage de fichiers de pair-à-pair, fonctionne de façon distribuée, en chaines, et donne plus de visibilité sur la structure et le contenu des échanges. Cette notion de circulation transparente des données devrait convaincre le plus grand nombre de la fiabilité de la Blockchain. De plus, la réduction des intermédiaires va permettre de mieux structurer le marché des plateformes spécialisées dans les transactions financières. Elle permettra aussi et surtout d’éviter des fraudes à grandes échelles, grâce à la traçabilité des échanges effectués de points à points.

    Pourtant, 46% des banques françaises considèrent l’absence d’une supervision ou d’un responsable qui régit ces échanges[1] comme le principal obstacle à l’adoption des technologies Blockchain par le secteur bancaire. Et tant que les conditions de sécurisation maximale des données bancaires ne seront pas réunies, les institutions bancaires n’entameront pas leurs projets de rénovation systèmes. C’est là que réside le plus grand défi de la Blockchain. Cet été, la plateforme d’échange de bitcoins Bitfinex a été victime de pirates informatiques qui ont réussi à dérober 120 000 bitcoins, correspondants à 65 millions de dollars. Malgré une architecture partagée, qui permet de tracer toutes les transactions et personnes ayant accès et participant aux échanges, d’importantes faiblesses subsistent au sein des systèmes Blockchain. Les hackers détectent de mieux en mieux les failles de sécurité, et il y a fort à parier qu’ils ne s’arrêteront pas là. Pour tenir ses promesses sur le long terme, la Blockchain doit démontrer sa « scalabilité », c’est-à-dire sa capacité à s’adapter à de lourds changements et supporter de forts volumes de données et transactions. Elle doit aussi garantir le maintien des fonctionnalités d’une solution ou d’un produit, sans en altérer ni le fonctionnement ni la performance.

     Comment imposer la blockchain comme référence ? 

    Il existe selon nous deux alternatives à considérer pour satisfaire à la fois les institutions financiaires et bancaires et le monde des entreprises, tout en préservant l’équilibre des plateformes spécialisées de transactions et par là même, l’intérêt général :

    –          L’interopérabilité des systèmes devra être garantie pour permettre l’harmonisation des échanges.

    –          Une autre alternative pour les banques et les institutions financières serait de s’engager dans un processus de standardisation des protocoles pour en dégager un qui soit commun et universel.

    Or actuellement, le secteur n’en prend pas le chemin : les grands groupes bancaires ou financiers développent chacun de leur côté des protocoles qu’ils espèrent voir s’imposer comme référence. Il y a donc un fort risque que se dégagent plusieurs protocoles selon les continents et les marchés financiers. Si cette tendance se confirme, il sera vite compliqué, par exemple pour les marchés américains, de communiquer simultanément et avec la même efficacité avec les marchés européens, asiatiques ou africains. En fonction des accords qui seront passés, et qui se baseront sur les liens économiques de marchés à marchés, certains acteurs risquent d’être relégués au second plan. Cette éventualité remettrait alors en cause le décollage économique de la Blockchain et tous les bénéfices de transparence et de fluidité des processus qui en découlent.

    L’alliance des marchés pour trouver un protocole commun s’impose donc comme la valeur sûre pour une Blockchain propre à dynamiser l’économie mondiale, favorisant ainsi les échanges de manière égale et avec une efficacité partagée.

     

     

  • Se préparer au Tsunami de la Blockchain…

    Blockchain – vers une nouvelle révolution

    Par Éric Lévy-Bencheton | Blockchain Strategist – Keyrus et Frédéric Maserati | Directeur Conseil – Keyrus Management

    La Blockchain est une technologie créée avec le bitcoin, devenue la 8ème monnaie mondiale en termes d’échanges. La Blockchain porte en elle de nouvelles promesses d’innovation dans tous les secteurs, mais aussi de disruption des modèles économiques dominants. S’intéresser aujourd’hui à ses applications possibles, c’est prendre un temps d’avance sur la prochaine étape de la révolution digitale et l’avènement d’une société « horizontale », sans intermédiaires, ni autorité centralisée…

    La Blockchain est probablement appelée à révolutionner les transactions et les échanges ; au même titre qu’Internet a permis la communication pair à pair, la Blockchain assurera dans les années à venir les transactions pair à pair avec une logique décentralisée et autonome.

    Si un mystère subsiste quant à l’identité réelle des initiateurs du Bitcoin, la preuve est faite, après 7 ans d’existence, qu’il est possible de créer et de faire fonctionner dans la durée une monnaie 100% digitale en s’affranchissant du système bancaire et de toute autorité centrale. Ce tour de force a fini par attirer l’attention sur la technologie sous-jacente au Bitcoin : la fameuse « chaîne de blocs » ou Blockchain, dont le potentiel de disruption inquiète autant qu’il suscite d’intérêt et d’enthousiasme à travers le monde.

    Pour preuve l’accélération des investissements, le nombre incroyable de conférences et d’articles. Engouement grandissant depuis notamment les effets d’annonce des Gourous de l’Internet ou de la Finance aux Etats-Unis, en premier lieu Blythe Masters au board de Digital Asset Holdings, qui a entamé un cycle de conférences sur les applications de la Blockchain au monde de la finance internationale, dont les impacts sont chiffrés en milliards de dollars… c’est peu dire !

    Pensé et construit sur les cendres de la crise de 2008, le système porte dans ses gènes une philosophie de la confiance (the trust machine)1, établie par une collaboration massive entre les membres du réseau, et par des techniques avancées de cryptographie. Confiance qui devait pallier les défauts d’une finance mondiale encore en déroute.

    COMPRENDRE LES PRINCIPES DE LA BLOCKCHAIN

    Avec la Blockchain, les informations partagées entre les membres d’un réseau sont stockées sur chaque nœud de celui-ci (chaque ordinateur), au lieu de dépendre d’un point central. La validation des blocs est assurée par des moyens cryptographiques et par une logique de consensus, 51% des nœuds de la chaîne, devant approuver l’information.

    Non seulement ce registre contient à tout moment l’historique complet des transactions mais il est infalsifiable et irrévocable, du fait même des technologies d’encryptions utilisées, et de sa réplication en de multiples points. Cette description rapide permet de dégager trois apports majeurs de la Blockchain :

    –          la possibilité de limiter les intermédiaires et les tiers de confiance dans les échanges ;

    –          la possibilité de garantir la conformité, l’intégrité et la traçabilité d’une transaction ou d’une information sans recourir à une autorité supérieure/centrale ;

    –          l’absence d’infrastructure dédiée, la puissance de calcul nécessaire étant fournie par les machines des participants (nœuds) et optimisée par des algorithmes.

    Nous parlons jusqu’à maintenant de Blockchain, « au singulier » en laissant éventuellement à croire en son unicité. Or il existe de nombreuses Blockchains (celle de la Bitcoin en est une) et elles adoptent différents modèles de gouvernance et/ou de partage d’informations : Privé, Public, Mixte, Hybride.

    Une Blockchain peut porter des informations « statiques » comme des transactions d’échange de Bitcoins, mais peut aussi être le porteur de programmes auto-exécutables, appelés Smart Contracts car ils peuvent agir comme des contrats « auto-porteurs » et automatiques.

    Nous en voyons apparaître les premiers usages comme par exemple une assurance agricole liée à la météo, dont le Smart Contract ira automatiquement chercher la pluviométrie / l’ensoleillement auprès d’une source agréée par avance (météo France par exemple), et paierait le cas échéant l’indemnité convenue de manière automatique entre les partis.

    Nous parlerons aussi d’Autonomous Agent, un ensemble de Smart Contracts, et donc un programme beaucoup plus complexe. Nous y voyons la promesse de nouvelles formes d’entreprises humaines, comme des organisations décentralisées. « The DAO » (Decentralized Autonomous Organization)2 en est un des premiers exemples. La campagne de collecte de fonds réalisée sur Kickstarter pour la DAO s’est élevée à 174 millions de dollars3, ce qui en fait le projet de financement participatif le plus important qu’on ait jamais vu. La DAO peut s’apparenter à une société de financement distribuée, où ceux qui lui ont alloué des fonds peuvent décider des projets qu’ils pourront financer via des Smart contracts en échange d’un revenu sur ses investissements.

    Le 17 juin 2016, The DAO a connu un immense crash suite à une attaque informatique, le « pirate » a réussi à exploiter une faille dans le « smart contract » régissant la DAO, lui permettant de siphonner petit à petit les ethers (Token ou monnaie d’Ethereum) détenus par cette dernière. Ce ne sont pas loin de 3,6 millions d’ethers qui ont ainsi été piratés, soit plus de 30% des fonds de la DAO !4

    Nous y voyons volontiers également l’émergence de nouvelles formes d’intelligences artificielles basées sur les principes de l’IA « plantoïde »5 comme le montre l’incroyable travail de Primavera de Filippi6, chercheuse à la faculté de droit de Harvard.

    POURQUOI LA BLOCKCHAIN EST UNE RÉVOLUTION ?

    Certains y voient le moyen de passer à une économie collaborative à grande échelle et à de nouvelles formes d’exercice de la démocratie comme la nouvelle démocratie liquide ou liquid democracy7. D’autres tablent sur la promesse d’une réduction drastique des coûts de transactions grâce à l’élimination des intermédiaires ; d’autres encore y voient l’opportunité de développer des services inédits et, ce faisant, de prendre des positions dominantes sur des marchés totalement nouveaux ou existants – ce qui n’est pas sans inquiéter les acteurs en place, à juste titre… Même si cette technologie émergente, que presque personne ne comprend, reste absconse pour la plupart des gens, il faut avoir aujourd’hui le bon niveau d’abstraction pour pouvoir en parler, s’y intéresser, et commencer à imaginer les impacts sur les modèles des organisations d’aujourd’hui et de demain.

    Bien que le Bitcoin reste, à ce jour, la seule application à très grande échelle de la Blockchain, tous les observateurs s’accordent sur le caractère disruptif de cette technologie. Son irruption pourrait, selon certains, provoquer une rupture de même ampleur que le TCP/IP, le protocole à l’origine d’Internet !

    Nous sommes face à la deuxième génération de l’Internet, celle des valeurs et des transactions, là où la première génération a largement été celle de l’information et de la communication réseau. (de l’automatisation de la relation décentralisée à l’automatisation de la transaction décentralisée).

    Faut-il pour autant parler de révolution ? Outre qu’il faut beaucoup plus qu’une technologie pour faire une révolution, il est de toute façon trop tôt pour le dire. Cependant, le contexte social et économique est propice et, avec la constitution d’un écosystème très dynamique, les conditions sont réunies pour que les expérimentations se multiplient. Elles dépassent d’ores et déjà largement les moyens de paiement et même la finance, même si c’est dans ce secteur que l’on compte actuellement le plus d’initiatives et d’alliances avec des start-ups/fintechs travaillant sur la Blockchain.

    QUATRE GRANDES CATÉGORIES D’UTILISATION DE LA BLOCKCHAIN

    L’inventaire des initiatives et expérimentations en cours fait apparaître quatre grands domaines d’utilisation de la Blockchain.

    1/ La facilitation des échanges : les paiements transfrontaliers, les micro-paiements, l’échange de titres non côtés, sont les premiers cas identifiés. Nous évoquons volontiers le cas de la Banque Allemande Fidor, en association avec la start-up Ripple Labs, qui a mis en place des services de paiements et de change, à coûts extrêmement réduits pour ces clients. Deux avantages de la Blockchain sont mis en œuvre : sa rapidité et ses coûts largement optimisés. La Banque Santander prédit à ce propos une économie de 15 à 20 milliards par an pour l’industrie des services financiers, à compter de 2020.

    2/ La notarisation d’actes et de documents : la Blockchain ayant, comme nous l’avons vu, la capacité à stocker et rendre infalsifiable la preuve d’existence d’un document à une date donnée. L’Université Léonard de Vinci, à La Défense Paris, expérimente ce moyen dématérialisé pour certifier les diplômes qu’elle délivre.

    3/ L’exécution certifiée de workflows : la Blockchain permettant la publication ainsi que la vérification publique de chaque étape d’un workflow. Qu’il s’agisse d’un processus industriel de contrôle qualité ou bien encore d’un processus de logistique, la logique de trusted workflow permet tout simplement de s’assurer que toutes les parties prenantes ont participé au processus, de façon certaine, irrévocable, à la connaissance de tous, simplement et facilement, l’information étant partagée en tout point des nœuds du réseau. Des laboratoires pharmaceutiques envisagent, par exemple, d’utiliser la Blockchain pour accélérer le recueil du consentement des patients à chaque nouvelle étape d’un protocole de test et réduire ainsi les coûts et la durée des phases d’essais cliniques, sur de nouvelles molécules.

    4/ Les titres de propriété numériques : L’inscription sur le registre distribué d’une Blockchain permet d’attester la propriété d’un individu et de garder la trace de toutes les cessions d’un actif matériel ou digital. Avec l’aide de l’ONG Bitland, le gouvernement du Ghana table sur ces propriétés de la Blockchain pour mettre en place à moindre coût un cadastre officiel. Des artistes numériques commencent à l’utiliser pour authentifier leurs œuvres, en contrôler la diffusion et protéger leurs droits. Cette facette de la technologie Blockchain présente une rupture par rapport à la première génération de l’Internet qui a vu les créateurs, les ayants droits, se voir spoiler de leurs droits au profit d’acteurs comme Spotify, Apple Music … sans même évoquer les impacts du piratage.

    BLOCKCHAIN OF THINGS ET BLOCKCHAIN OF DATA

    Afin d’aller plus loin et d’ouvrir de nouvelles perspectives, avec notamment l’Internet des objets (Internet Of Things ou IoT) qui figure comme une déferlante inéluctable de nos sociétés numériques Nous pouvons évoquer divers exemples dans le B2C (traqueurs d’activité, domotique…) ou dans le B2B (capteurs de surveillance des voitures de flotte, capteurs de toutes les pièces d’un avion…), où l’IoT nécessite une capacité à effectuer chaque jour des milliards de transactions et de manière automatisée.

    L’émergence d’une Blockchain of Things, stockant toutes ces transactions, avec des Smart Contracts7 régissant les relations entre ces objets de plus en plus évolués, nous apparait comme un impératif. En fait, l’IoT donne aux objets la possibilité de réaliser directement, en toute autonomie, des transactions. Cette vision de l’IoT suppose que les objets communiquent et réalisent des transactions entre eux. L’aspect décentralisé de la Blockchain constitue le ciment permettant à ces objets de transacter entre eux, d’en garder la preuve, dans un cadre de référence (Smart Contract) préalablement défini, en toute autonomie (IA) et sécurité. L’économie digitale passant de la « plateformisation » (mettre en contact direct des personnes entre elles) à la « Blockchainisation » (mettre en contact direct des « agents » entre eux) correspond à cette révolution numérique en cours

    Dans une logique similaire, nous faisons confiance au quotidien à de nombreux organismes, qui stockent et utilisent nos données personnelles. Dans bien des cas, notre consentement éclairé n’est pas vraiment sollicité ni approuvé.

    La Blockchain of Data pourrait être une solution pour stocker nos informations individuelles, mais surtout gérer (via les mécanismes des Smart Contracts) les droits conférés et/ou délégués aux entreprises. Certaines données pourraient être gratuites sous certaines conditions, d’autres payantes à l’utilisation, enfin une dernière catégorie sur invitation uniquement.

    SE PRÉPARER AU TSUNAMI DE LA BLOCKCHAIN

    Devant le caractère universel de ces catégories, on comprend que tous les secteurs, publics et privés, sont concernés et seront touchés, d’une manière ou d’une autre, par l’adoption et la diffusion des technologies Blockchain. Le nombre de processus susceptibles d’être impactés est proprement phénoménal. Les banques ne s’y sont pas trompées. Seules ou collectivement, comme au sein de consortium R38, elles explorent et expérimentent les possibilités de la Blockchain avec un double objectif : tirer parti de ses avantages (de sécurité, de coûts et de transparence) et intégrer la logique de point à point dans leur propre modèle pour mieux résister à l’arrivée de nouveaux acteurs utilisant un modèle nativement distribué et désintermédié. Le monde de l’assurance fait de même et s’intéresse notamment aux possibilités offertes par les Smart Contracts.

    Les premiers fournisseurs de solutions pour constituer des Blockchains publiques ou privées commencent à apparaître. Les start-ups fleurissent et attirent les investisseurs. Il faut donc s’attendre à voir surgir, dans tous les secteurs, des acteurs proposant des services P2P quasiment gratuits. Disruptifs il y a 5 ans avec leurs plate-formes de mise en relation, les fleurons de l’économie dite du partage ne sont pas à l’abri : la start-up israélienne LaZooz.org et son homologue anglais Arcade City entendent bien « uberiser Uber » avec son service de covoiturage décentralisé et autogéré basé sur la Blockchain…

    Le seul moyen pour une entreprise de se préparer aux bouleversements annoncés est de s’intéresser dès maintenant à la Blockchain et à son écosystème. La première action est d’identifier les stratégies gagnantes pour accélérer ma transformation et garder ma longueur d’avance. Cela revient à se replonger dans tous les rouages de l’organisation et de sa chaîne de valeur et, en quelque sorte, à faire une mise à plat des modèles existants, avant de les re-penser à l’aune des technologies horizontales, décentralisatrices et sécurisées en mode P2P comme peut l’appeler de ses vœux Michel Bauwens9.

    L’exercice paraît complexe mais c’est le plus sûr moyen d’identifier précisément où la Blockchain peut apporter quelque chose et commencer à l’expérimenter dans une logique de Proof of Concept.

    La philosophie de cette démarche d’acculturation et d’expérimentation peut se résumer en une phrase : se « disrupter » soi-même pour ne pas subir la disruption. Internet promettait l’instantanéité, l’immédiateté et la permanence de l’information et de la communication en temps réel. La Blockchain promettra la collaboration, la transparence, la décentralisation, la sécurisation de toutes les transactions au sens large…